La batterie de tests dévaluation de lattention - T.E.A.
Zimmermann et Fimm (1994)
Cette présentation a été publiée dans les Cahiers de la SBLU, 2002, 11, 37-42.
Article de Laurence Docquier.
Introduction
La batterie de tests dévaluation de lattention (T.E.A.) a été conçue par Zimmermann et Fimm (1994) afin dévaluer les fonctions attentionnelles chez des sujets adultes. Les principes suivants ont guidé les auteurs dans lélaboration de leur batterie : le premier affirme que des facultés attentionnelles intactes constituent un préalable indispensable au bon fonctionnement du système cognitif dun sujet (Zimmermann & Fimm, 1994). Dès lors, une atteinte de ces fonctions peut entraver le fonctionnement cognitif général dun sujet (dans le sens dune fatigabilité importante, dune distractibilité, de difficultés de concentration, ). De plus, les auteurs poursuivent en notant que lattention ne peut être considérée comme une fonction unitaire mais plutôt comme un ensemble de fonctions très spécifiques. Cette affirmation repose sur les différentes conceptions théoriques décrites dans la littérature. Les auteurs ont proposé comme point de départ la théorie de lattention des multi-composants présentée dabord par Posner et Boies (1971) et introduite en Neuropsychologie clinique par Van Zomeren, Brouwer et Deelman (1984, in Zimmermann, North & Fimm, article non publié). Le modèle de Posner (1971, 1987) du système attentionnel postule lexistence de quatre composants distincts entretenant toutefois des rapports étroits dinterdépendance. Ces quatre composantes sont lalerte, lattention soutenue, lattention sélective et lattention divisée.
Le souhait des auteurs était de fournir un nombre important dépreuves permettant lévaluation des diverses composantes attentionnelles. La mise au point des épreuves de la batterie tient compte, daprès les auteurs, des besoins spécifiques du diagnostic en neuropsychologie, à savoir un ensemble dexigences liées à la nature des déficits et à la diversité des atteintes cérébrales. Des épreuves de faible complexité ont été construites afin déviter linfluence de déficits sensoriels et/ou moteurs, de troubles de la mémoire, sur les performances des sujets Dans lélaboration de leurs épreuves, les auteurs ont également tenu compte du principe de Gronwall (1987) affirmant : « Because results from complex tasks have done little to add to our understanding of the effect of head injury on attention, it seems time to change directions, to examine simpler processes and simpler responses ». Les données prises en compte par les auteurs pour lévaluation des performances du sujet sont les temps de réaction et le nombre derreurs (omissions et réponses erronées). Sur base de ces principes, une première version de la batterie a été réalisée en 1986, améliorée en 1989 et complétée en 1994. La version actuelle de la batterie de tests comprend treize épreuves. La passation est informatisée et le sujet dispose de deux boutons servant de clefs réponse.
1. Epreuve dalerte phasique
Le processus dalerte phasique correspond à la capacité dun sujet à augmenter son niveau attentionnel et, ainsi, diminuer ses temps de réponse, lorsquil est prévenu de lapparition imminente dun stimulus. Pour cette épreuve, on propose au sujet une condition simple sans signal avertisseur sonore ; cette tâche simple de détection visuelle constituant une mesure de la rapidité générale du sujet. Une seconde condition est proposée dans laquelle le sujet reçoit un signal sonore ayant le rôle davertisseur. La différence entre le temps de réaction simple et indicé représente la mesure dalerte phasique.
2. Epreuve dattention divisée
Cette épreuve consiste à placer le sujet dans une situation de double-tâche au cours de laquelle il doit traiter plusieurs stimuli simultanément. Lépreuve se compose dune épreuve visuelle et dune épreuve auditive. La tâche visuelle consiste à repérer une configuration visuelle particulière parmi un ensemble de croix alors que pour la tâche acoustique, il sagit de détecter une irrégularité dans une alternance de sons aigus et graves (présentation dun son toutes les secondes).
3. Epreuve de flexibilité
La capacité de flexibilité est testée par une épreuve dalternance mentale entre deux ensembles de cibles. Il est possible de réaliser lépreuve soit avec des lettres et des chiffres soit avec des formes arrondies et anguleuses. Les deux types de stimuli (lettres et chiffres par exemple) sont présentés simultanément à lécran. Dune présentation à lautre, la cible change et le sujet doit appuyer le plus vite possible sur la clef réponse du côté de la cible.
4. Epreuve de Go/No Go (deux variantes)
Dans les deux versions de lépreuve Go/No Go, le sujet doit réagir sélectivement à un type donné de stimuli et non aux autres. Cette épreuve permet dévaluer la vitesse de sélection du stimulus pertinent et la vitesse dinhibition à des stimuli qui ne le sont pas. Dans ce cas, lanalyse des erreurs savère être un point très intéressant de la passation de cette épreuve.
5. Paradigme de Posner
Le paradigme de Posner est une épreuve visant à mesurer la capacité de déplacement du foyer attentionnel. Lépreuve consiste en une tâche de temps de réaction simple avec un indice visuel avertisseur. Une flèche apparaît au centre de lécran et indique, dans 80% des présentations, le bon côté dapparition du stimulus cible. Concernant les autres présentations (20 % des cas), lindice nest pas valide et le stimulus cible apparaît du côté opposé à celui indiqué par la flèche. La capacité de déplacement du foyer attentionnel est évaluée par les temps de réaction pour la condition avec un indice valide et par la différence des temps de réaction entre les présentations avec un indice correct et incorrect.
6. Epreuve de vigilance
Lobjectif est de mesurer la capacité dun sujet à soutenir son attention durant de longues périodes de temps (période de trente minutes par exemple). Quatre épreuves utilisant des stimuli différents sont utilisées, à savoir trois épreuves unimodales (une acoustique et deux visuelles) et une épreuve bimodale (visuo-acoustique). Ces quatre épreuves permettent dévaluer lattention soutenue (fréquence haute dapparition de stimuli cibles) ou la vigilance (fréquence basse dapparition de stimuli cibles).
7. Epreuve de mémoire de travail (comprenant trois niveaux de difficulté)
Cette épreuve vise à mesurer les capacités de stockage temporaire de linformation et de traitement, de manipulation et de mise à jour de linformation. Le principe de cette tâche consiste à présenter des nombres qui doivent être comparés à ceux présentés antérieurement. La répétition du même nombre après un intervalle fixé doit être repérée.
8. Epreuve de motilité oculaire
Létude de la motilité oculaire se mesure par des temps de réaction. On présente, soit à droite, soit à gauche dun point de fixation central un stimulus auquel le sujet doit réagir sélectivement. Le stimulus est un carré dont le côté supérieur est ouvert dans 50 % des présentations. Un carré identique est situé au milieu de lécran et permet une fixation correcte avant chaque présentation du stimulus critique.
9. Epreuve dincompatibilité
Lors de lépreuve dincompatibilité, la tendance aux interférences est testée par une incompatibilité stimulus réponse. Des flèches dirigées vers la droite ou vers la gauche apparaissent à droite ou à gauche dun point de fixation central. Le sujet a pour tâche de réagir au sens indiqué par la flèche. Si le côté dapparition de la flèche et son orientation ne correspondent pas, on parlera dincompatibilité ; dans le cas contraire, on parlera de compatibilité.
10. Epreuve de comparaison intermodale
La capacité dintégrer des informations provenant de modalités différentes est évaluée grâce à lassociation de sons aigus ou graves à des flèches dirigées soit vers le haut, soit vers le bas. La concordance entre un son aigu et une flèche dirigée vers le haut et la concordance entre un son grave et une flèche dirigée vers le bas constituent les cibles.
11. Epreuve dexploration du champ visuel
Pour lépreuve du champ visuel, un nombre, situé de façon aléatoire, clignote et défile sur lécran très rapidement. Ce nombre change toutes les 0.01 seconde et va de 1 à 300. Le sujet arrête le défilement de ce nombre en appuyant sur la clef réponse. Si le stimulus nest pas détecté ou si le sujet ne réagit pas assez vite, le programme arrête lhorloge après trois secondes. Une seconde tâche a été incluse pour contrôler la capacité de fixation oculaire. Pour ce faire, le sujet doit dénommer à haute voix les lettres qui apparaissent dans un carré au centre de lécran tout en continuant la détection des cibles.
12. Epreuve de négligence
Le but de cette épreuve est de distinguer une négligence visuelle sans déficit du champ visuel dautres altérations de la vision. Les auteurs recommandent que cet examen soit complété par la tâche dexploration du champ visuel. La tâche requise est identique à celle qui permet dexplorer le champ visuel à la différence près quon présente en même temps sur lécran un ensemble élevé de nombres disposés de façon aléatoire, lesquels constituent une sorte de masque au sein duquel vont apparaître les cibles, constituées de nombres de valeur croissante qui clignotent. La conception du test repose sur lhypothèse que lattention du sujet est attirée par le masque situé du côté ipsilatéral à la lésion.
13. Epreuve de balayage visuel
Cette exploration est menée grâce à la détection dun signal critique (un carré ouvert vers le haut) situé parmi un ensemble de carrés (ouverts sur dautres côtés) répartis sur une matrice de 5 lignes et 5 colonnes.
Lévaluation classique des fonctions attentionnelles dans le bilan neuropsychologique utilise des épreuves de type « papier-crayon » (tests de barrage de Zazzo, le test D2 de Brickenkamp (1962), test de Stroop, Trail Making Test de Reitan (1958) , ), ce qui constitue lexamen de base. Cette première évaluation peut dès lors être complétée et approfondie par la passation dépreuves de la batterie de Zimmermann et Fimm (1994).Les épreuves dalerte phasique, dattention divisée (conditions simple et double), de flexibilité (tâches simples et dalternance), de Go/No Go (versions simple et complexe) et de mémoire de travail sont ainsi couramment utilisées dans le bilan neuropsychologique. Dautres épreuves, plus spécifiques, sont réservées à des problématiques particulières (telles les épreuves de négligence, de balayage visuel, dexploration du champ visuel pouvant être utilisées, par exemple, dans des cas de négligence ou dinfirmité motrice cérébrale).
Données normatives, psychométriques et analyse factorielle
Zimmermann et Fimm (1994) ont effectué une normalisation de leur batterie auprès dun échantillon de 200 sujets dont lâge varie de 20 à 69 ans. Les variables « sexe » et « niveau de scolarité » (plus ou moins de 12 années scolaires) ont été prises en compte pour létablissement des normes. Cette normalisation na pas porté sur lentièreté de la batterie. Néanmoins, pour les épreuves normées, les résultats sont disponibles sous forme déchelles de centiles. Une seconde recherche réalisée par ces mêmes auteurs a porté sur les caractéristiques davantage psychométriques de la batterie. La fidélité a été évaluée au moyen des méthodes de « Split half » et « Odd Even ». Les résultats ont mis en évidence des corrélations très élevées se situant autour de .90 pour les différentes tests. La validité des épreuves a aussi été évaluée par une analyse factorielle en composante principale. Cette analyse a mis en évidence une solution stable de cinq facteurs qui sont lalerte tonique, la sélection de réponse, lapprentissage de séquence, lalerte phasique et la tendance à linterférence.
La batterie de Zimmermann et Fimm (1994) a également été utilisée dans le domaine de la neuropsychologie de lenfant. La passation de celle-ci chez lenfant a fait lobjet de plusieurs recherches dont les objectifs étaient dobtenir des données développementales au niveau attentionnel dans une population denfants de 5 à 18 ans. Ces études menées sur une population de 180 sujets (allant de la troisième maternelle à la sixième secondaire) ont permis également le recueil de données normatives. Cette passation chez lenfant a nécessité ladaptation de certaines épreuves (consistant en une réduction du nombre de présentations de stimuli). Pour les épreuves normées, les résultats sous forme de moyennes, écart-type et quartiles sont disponibles pour toutes les tranches dâge citées.
Conclusion
Les données issues des différentes recherches montrent la pertinence de lutilisation des tests dévaluation de lattention de Zimmermann et Fimm (1994) en neuropsychologie de ladulte mais aussi chez lenfant. Cette batterie montre donc un intérêt certain en raison de ses soubassements théoriques mais également un intérêt non négligeable au niveau de la pratique clinique.
Références
POSNER, M.I. & BOIES, S.J. (1971). Components of attention. Psychological review, vol.78, n°5, 391-408.
POSNER, M.I. & PRESTI, D.E. (1987). Selective attention and cognitive control. Trends in neurosciences, vol.10, n°1, 13-17.
ZIMMERMANN, P. & FIMM, B. (1994). Tests dévaluation de lattention (TEA) Version 1.02-, manuel dutilisation. Psytest.
ZIMMERMANN, P., NORTH, P. & FIMM, B. (article non publié). Diagnosis of attentional deficits : theorical considerations and presentation of a test battery,3-15
ZIMMERMANN, P. & FIMM, B. (1989, article non publié). A computerized neuropsychological assessment of attention deficits. Psychologisches Institut der Universität Freiburg, 1-24.
© SBLU 2003.