Langage et dysorthographie. Estienne, F., (1973). Paris : Editions Universitaires
1.Présentation rapide de la méthode :
La rééducation consistera à :
· Vivre l'expérience propre de l'enfant pour saisir le mécanisme mental défectueux et agir de manière positive en l'aidant à restructurer parallèlement sa pensée et son langage. Il faut donc partir de la personnalité et des intérêts de l'enfant.
· Rapprocher les dysorthographiques des normes linguistiques requises.
· Les mener à considérer la phrase comme une structure. Il faut donc leur apprendre à développer le langage et à le manipuler.
· Apprendre à l'enfant à se débrouiller rapidement dans l'amas confus que constitue pour lui un donné linguistique : on montera et démontera avec lui le mécanisme de la langue en lui montrant l'emboîtement des rouages.
· Faire prendre conscience à l'enfant que tous les termes d'une phrase sont solidaires les uns aux autres.
=> La rééducation ne doit s'en tenir à l'aspect linguistique, elle doit agir sur les automatismes intellectuels.
La rééducation : F. Estienne propose la rééducation de cinq aspects :
-phonétique
-grammaticale
-d'orthographe d'usage
-d'analyse grammaticale
-d'homonymie grammaticale
1. Rééducation de l'aspect phonétique :
Si l'enfant ne reconnaît pas les rapports phonético-graphiques : il faut rééduquer la lecture et l'orthographe. On partira des sons simples et de leur représentation graphique, l'enfant devra les assimiler au rythme de ses possibilités. F. Estienne propose pour rééduquer cet aspect la "méthode Brunfaut" qui associe l'audition et l'articulation des sons d'une part à la vision et d'autre part au tracé des lettres. La lecture et l'écriture s'apprenne donc simultanément en mettant en jeu les récepteurs sensoriels et la motricité des organes phonateurs ainsi que ceux de la main. Cette méthode améliore la faculté d'analyse auditive et visuelle. Elle permet à l'enfant d'établir la synthèse entre graphème et phonème. L'enfant et le thérapeute écrivent à tour de rôle, ce qui permet d'établir d'emblée le dialogue et de renforcer la collaboration.
Si l'enfant fait des confusions à prédominance auditive, il convient d'abord de faire acquérir à l'enfant l'articulation correcte des phonèmes isolés. Ensuite, il faut recourir à un support visuel tactile, à un mot clé afin que l'enfant entende la différence entre les phonèmes confondus : on écrit le phonème en grand et on le prononce à voix haute. Ensuite l'enfant répète et indique la graphie du phonème qu'il vient d'émettre. Enfin, on passe à des exercices de dictée.
Si l'enfant fait des confusions à prédominance visuelle, on doit d'abord s'assurer qu'il reconnaît le phonème correspondant au graphème et vice versa. Ensuite, on lui fera percevoir les différences phonétiques, anatomiques, articulatoires ou graphiques entre les deux graphèmes confondus. Pour cela, on aura recourt aux points de repère dicriminatifs. Enfin, on fera repérer un phonème puis l'autre dans un ensemble qui contient les phonèmes confondus.
Si l'enfant fait des confusions au niveau de la syllabe, il fait lui apprendre à copier intelligemment un matériel donné. Souvent les dysorthographiques ne savent pas faire cela car il n'arrive pas à structurer leur prise de vue en englobant un ensemble.
2. Rééducation de l'aspect grammatical
La rééducation ne visera non pas à faire connaître la grammaire mais à la faire comprendre pour l'appliquer à bon escient. L'enfant doit ressentir les rouages de la phrase, en percevoir l'architecture. On établira avec lui des points de repères capables d'organiser sa pensée.
3. Rééducation de l'aspect d'orthographe d'usage
On expliquera à l'enfant que certains mots s'écrivent d'une telle façon, qu'il faut l'admettre et qu'il faut revoir souvent ses mots pour retenir leur orthographe. On essaiera quand même d'inculquer quelques principes stables. L'enfant consignera sur fiche les mots qui ne relève d'aucune règle et pour lesquelles il hésite. Pour améliorer l'orthographe d'usage, on peut faire des exercices systématiques d'attention et de reproduction de syllabes sans signification après une brève exposition. Un autre exercice consiste à interrompre l'enfant dans sa lecture et lui demander d'épeler le mot qu'il vient de lire. Cela va sensibiliser l'attention de l'enfant qui apprend ainsi à regarder l'orthographe des mots qu'il rencontre.
4. Rééducation de l'aspect d'analyse grammaticale
On apprendra au dysorthographique à reconnaître les différents types de mots dont il se sert pour exprimer sa pensée ainsi qu'à retrouver les rôles variables que peuvent jouer les mots dans la phrase. Pour l'aider à retrouver la nature des mots, on peut utiliser une série de petits cartons semblables sur lesquels on écrit un mot. Parallèlement, on prépare de grands cartons sur lesquels on dessine des formes géométriques qui correspondent aux classes grammaticales. L'enfant lit les mots qu'il voit sur les petites fiches et les place sur les cartons correspondants. Ensuite, on lui demande de construire une phrase en choisissant des mots sur des petites fiches. Au fur et à mesure qu'il élabore sa phrase, il place les mots sur les grands cartons adéquats. Il construit sa phrase à partir d'un verbe ou d'un mot donné. On pose alors des questions pour enrichir et étoffer cet embryon de phrase. La phrase ainsi produite est ensuite démontée, analysée puis remontée.
5. Rééducation de l'aspect d'homonymies grammaticales
On commencera par de nombreux exercices oraux qui porteront sur la compréhension de phrases où les homonymies sont incluses. Ces exercices habitueront l'enfant à réfléchir avant d'écrire. Au-delà de la conscience phonétique, il doit percevoir la dimension sémantique du message. Ensuite, on lui présente une fiche où on synthétise les différentes façons d'écrire tels homophones en précisant à chaque fois le sens attribué à chaque forme graphique et en illustrant ce sens par un exemple. On place cette fiche sous les yeux de l'enfant et on fait des exercices oraux : on énonce une phrase et le dysorthographique doit pointer la bonne forme en justifiant sa réponse et en expliquant le sens de la phrase. Il sera invité ensuite à trouver des exemples et finalement on fera des exercices écrits.
Quelques principes:
· La réflexion parlée : on habituera l'enfant à exprimer à voix haute ce qui se passe en lui quand il écrit. Cela l'aide à raisonner sur le langage et le déshabitue à écrire n'importe quoi sans savoir pourquoi. Le rééducateur peut ainsi pénétrer dans la mentalité de l'enfant, il en capte le fonctionnement, ce qui facilite la correction des erreurs d'aiguillage.
· La série : on dicte un mot avec un phonème particulier et le sujet devra ensuite en trouver un autre. Cet exercice a pour effet d'automatiser le système phonético-graphique, de rendre l'enfant actif, d'établir un contact d'échange verbal, de mobiliser son esprit, d'éveiller sa conscience linguistique. On saisit l'occasion pour expliquer des mots incompris et élargir ainsi le champ sémantique. Il faut que cela se fasse dans un contexte de dialogue, de détente et de jeu verbal.
· Le fichier : on schématise et simplifie les difficultés rencontrées par l'enfant sur des fiches qu'on élabore avec lui. On illustre les difficultés avec des exemples. Ces fiches servent de points de repère en cas d'erreurs ou d'hésitation. L'enfant les consulte en cas de doute, ce qui l'habitue à ne plus écrire n'importe quoi, n'importe comment. Il prend ainsi conscience que l'orthographe n'est pas tout à fait arbitraire, ce qui le tranquillise. L'enfant apprend aussi à classer ses fiches ce qui permet de clarifier les idées en divisant l'orthographe en divers domaines auxquels se réfère le sujet lorsqu'il hésite ou commet une erreur.
2. Fondements théoriques :
"La dyslexie-dysorthographie peut se définir en terme de déficit ou d'anomalie, peut-être constitutionnelle, de l'intégration du langage oral qui se manifeste sous la forme particulière d'une désorganisation ou d'un manque d'organisation du langage en évolution qui se répercute dans le langage écrit chez des sujets par ailleurs normalement développés, sans insuffisance sensorielle ni phonatoire mais doté d'une structuration mentale particulière qui empêcherait l'accession de l'intelligence au stade analytique".
Le dysorthographique vit dans un cadre linguistique qui lui est propre. Il établit difficilement les relations logiques entre les divers éléments perçus. Or, le langage est fondamentalement une structure : il est soumit à des contraintes morphosyntaxiques et à une combinatoire sémantique.
3. Critiques personnelles :
Ø Les techniques sont illustrées par de nombreux exemples.
Ø Ce type de rééducation ne nécessite pas beaucoup de matériel : un crayon et des fiches suffisent. Elle tient compte du dysorthographique, de ses intérêts et ne se focalise pas uniquement sur son trouble.
Méthode associée : Méthode Brunfaut
travail réalisé dans le cadre du TP sur le langage écrit