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Dernière mise à jour:

7 septembre 2010

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

L'utilisation des tests normés en quelques questions

Francis Van Dam

  • Rédacteur en chef de "Psychologie & Psychométrie"
Professeur de psychométrie, Haute école Léonard de Vinci

 

Article paru dans les Cahiers de la SBLU (2003), n°15, 4-7.

 

  • 1) Pourquoi faut-il utiliser des tests normés pour évaluer le langage ?

    On ne peut vraiment répondre à cette question sans évoquer certains préalables ou "antécédents" qui relèvent presque de l'histoire de la recherche.

    Lorsque l'on met au point une épreuve d'évaluation dans quelque domaine que ce soit, cette épreuve opère un classement (au moins cela) qui, soit, ne signifie rien en tant que tel, soit ne revêt de signification que face à une norme individuelle (avec son danger évident de subjectivisme) qui sera celle du "testeur", de l'enseignant, ou de tout observateur au sens large du terme. L'expérience et le sens "clinique" de cet observateur peuvent être à ce point aiguisés qu'ils pourront tenir lieu, pour lui-même, de norme dans certains cas. Mais qu'en est-il de cette même épreuve quand elle passe entre les mains d'un autre opérateur, et a fortiori quand on débute avec une épreuve inconnue, nouvelle, non encore "normée" ?

    De façon imagée et quelque peu caricaturale, je ne puis savoir si je suis malingre ou obèse, géant ou nain, surdoué ou arriéré mental sans disposer d'un "mètre" en la matière.

    De plus, s'agissant non plus de distributions "normales" de poids, de taille, de Q.I. etc. mais de pathologies ou de carences, il faut pouvoir détecter finement - au sein de sous-distributions - des scores différentiels en ces matières, connaître leur valeur définitive ou transitoire, leur caractère léger ou menaçant pour l'avenir : tout ceci sera facilité par l'établissement de normes, lesquelles ne sont pas infiniment stables car nos sociétés ne le sont pas davantage.

     

    2) Pourquoi faut-il utiliser des tests récents ?

    Les tests et les normes de tests se doivent d'être récents pour cette raison même : les sociétés changent et les habitudes langagières en particulier, puisqu'il s'agit ici de langage.

    Les "patients" et en particulier les enfants seront sensibles au look des tests qui devra être actuel, suffisamment attractif et, de plus, assez précis dans leur présentation pour n'induire aucune erreur dans la perception des items (visuels, auditifs etc.). La simple adoption de tests "papier-crayon" ou "informatisés" n'est pas sans conséquences, on le sait, et les normes doivent être recherchées sur ces bases distinctes.

    Mais de plus, la confrontation aux normes actualisées est essentielle vu l'évolution générale des sociétés, et l'on pourrait presque dire des moeurs : ne constatons-nous pas un saut d'un mois - dans le sens de la précocité - dans tel item en motricité au test de Brunet-Lézine - étant donné sans doute la liberté de mouvement accordée aux jeunes nourrissons par rapport à des temps pas si éloignés on l'on bordait les tout-petits jusqu'à les immobiliser dans leur berceau. Un phénomène bien connu à présent sous le nom d'effet Flynn fait état d'une avancée généralisée de par le monde en matière de raisonnement analogique ("l'intelligence fluide" de Cattel et Horn) chez les jeunes générations, tandis que les niveaux de maîtrise langagière, culturelle et mnémonique ("intelligence cristallisée" des mêmes auteurs) serait en perte de vitesse chez ces mêmes juniors, comme cela semble l'avis de tous les professeurs, et tandis que cette dernière dimension a tendance à se maintenir voire à progresser encore chez les seniors qui gardent le contact avec le domaine intellectuel en leurs "vieux jours". Ceci pour l'évolution des sociétés.

    En matière de "moeurs" langagières à présent : combien peu (comme disaient les classiques latins) parmi nous semblent sensibles à des abandons de pans entiers des normes de langage, et je ne parle pas des tournures subjonctives absolument dépassées, mais par exemple de la relégation des formes interrogatives totalement passées de mode en moins de dix ou vingt ans en langue française parlée, sinon même écrite. Que ce type de différences et d'autres dussent (sic) être tenues à l'oeil par le passé mais gommées de notre quotidien ne va certes pas sans conséquence pour le domaine des tests.

    L'impact culturel est, quant à lui, à surveiller de près : les items langagiers et surtout ceux de vocabulaire et de syntaxe (on vient d'en donner un exemple) doivent se résoudre à renoncer aux allusions culturelles obsolètes. L'internationalisation du langage de par l'immigration et … l'informatique viennent à son tour compliquer et accélérer le phénomène. Observons l'émission "génies en herbe" pour nous rendre compte que l'item de reconnaissance  du seul morceau de musique classique est lamentablement échoué par rapport aux neuf autres titres de musique ultra-actuelle : phénomène bien à l'image des ventes de musique à l'échelon mondial. Nous citons ici le domaine musical pour alléger un peu l'exposé, mais cette exigence de modernité vaut pour la lecture et l'écriture, bien évidemment.

     

    3) Pourquoi faut-il utiliser les tests originaux et non des copies ?

    Le fait de disposer du matériel original et non de photocopies ou de CD-Rom "pirates" est d'abord une question de qualité : la fidélité du matériel est un gage de fidélité des réponses, puisque toute altération par rapport aux originaux peut entraîner des altérations dans les réponses.

    Il faut ensuite décider si l'on veut ou non faire des tests une espèce en voie de disparition : de fait, les copies profitent aux firmes de photocopieurs et autres, elles ne profitent pas à nos professions ni à la recherche. Or, ni les étalonnages ni les travaux-adaptations ne font plus l'objet des travaux universitaires ni de ceux des instituts supérieurs : ils reposent donc entièrement sur les auteurs et sur les éditeurs. Or, réaliser des étalonnages, notamment sur des échantillons au hasard, coûte énormément. Seuls des étalonnages basés sur des strates socio-économiques et, pourquoi pas, sur des ethnicités précises, peuvent être confiés aux étudiants, aux stagiaires, aux praticiens mais cela devient l'exception. Or, les évaluations se faisant sur des variables en évolution, elles sont nécessaires comme témoins d'un moment de ces évolutions, à des fins de comparaison pour l'avenir (ou par rapport au passé).

    De plus, la disponibilité du public pour servir de cobaye est de moins en moins assurée, si c'est sans compensation financière minimale : la motivation étant déjà faible chez les professionnels, n'espérons pas que les "sondés" perçoivent mieux la finalité de ces statistiques, pour eux moins significatives encore. Curieusement, les évaluations les plus faciles à obtenir le sont dans les prisons, où le testing apparaît paradoxalement comme un moment agréable à passer …

    Il faut enfin savoir que la psychométrie n'est pas spontanément enthousiasmante et que les règles d'établissement des étalonnages sont vite oubliées après les études, si du moins elles furent enseignées. Toutefois, les firmes éditrices sont généralement d'accord de prendre en charge le traitement des données brutes, pour peu qu'elles aient été encodées avec soin et anonymement, pour respecter leur confidentialité.

     

    4) Pourquoi les tests coûtent-ils chers ? Ou, en d’autres termes, que paie-t-on quand on achète un test ?

    Les tests, finalement, sont chers parce que le malheureux acheteur qui paie cède sans doute son achat à des collègues, lequel donne lieu - comme les CD et les partitions de musique - à de multiples copies. Ce "malheureux" prend donc sur lui le poids de supporter, avec de rares émules, le travail de l'auteur, de l'éditeur et des sous-traitants, sans oublier donc les frais accumulés par les normalisations et par les versions révisées.

    Si la photocopie est admissible au niveau des étudiants - qui peuvent d'ailleurs contribuer à l'amélioration d'un test - elle l'est infiniment moins de la part de ces mêmes étudiants devenus professionnels :elle ne l'est plus du tout de la part de ceux qui en font un usage rémunérateur.

    Et là se pose le problème de l'organisme désigné pour la collecte d'un "forfait" pris sur tout photocopieur (notamment) au profit de la totalité des éditeurs : ce système (Reprobel pour le nommer) est défendable pour les CD, les reproductions d'art, les livres en général, qui sont de consommation privée et non commercialisables en principes. Mais un test est un instrument qui fournit du travail et mérite à ce titre un statut distinct de celui des BD, des CD, des périodiques etc. Ce statut n'est à ce jour pas reconnu, si même il est prévu et nous en doutons. Or, le simple fait d'entrer dans le système - qu'on nous affirme ne pas être une taxe déguisée et bénéficier vraiment aux ayants droit - est très coûteux pour l'éditeur et le "return" prévisible pour ce dernier ne correspond pas à la mise exigée. Sachons donc que, momentanément au moins, notre achat de photocopieur soutient l'éditions de tous domaines sauf celui de nos professions.