1)
Pourquoi faut-il utiliser des tests normés pour
évaluer le langage ?
On ne peut
vraiment répondre à cette question sans
évoquer certains préalables ou
"antécédents" qui relèvent presque de
l'histoire de la recherche.
Lorsque l'on
met au point une épreuve d'évaluation dans
quelque domaine que ce soit, cette épreuve opère
un classement (au moins cela) qui, soit, ne signifie rien en
tant que tel, soit ne revêt de signification que face
à une norme individuelle (avec son danger
évident de subjectivisme) qui sera celle du "testeur",
de l'enseignant, ou de tout observateur au sens large du terme.
L'expérience et le sens "clinique" de cet observateur
peuvent être à ce point aiguisés qu'ils
pourront tenir lieu, pour lui-même, de norme dans
certains cas. Mais qu'en est-il de cette même
épreuve quand elle passe entre les mains d'un autre
opérateur, et a fortiori quand on débute avec une
épreuve inconnue, nouvelle, non encore "normée"
?
De
façon imagée et quelque peu caricaturale, je ne
puis savoir si je suis malingre ou obèse, géant
ou nain, surdoué ou arriéré mental sans
disposer d'un "mètre" en la matière.
De plus,
s'agissant non plus de distributions "normales" de poids, de
taille, de Q.I. etc. mais de pathologies ou de carences, il
faut pouvoir détecter finement - au sein de
sous-distributions - des scores différentiels en ces
matières, connaître leur valeur définitive
ou transitoire, leur caractère léger ou
menaçant pour l'avenir : tout ceci sera facilité
par l'établissement de normes, lesquelles ne sont pas
infiniment stables car nos sociétés ne le sont
pas davantage.
2)
Pourquoi faut-il utiliser des tests récents
?
Les tests et
les normes de tests se doivent d'être récents pour
cette raison même : les sociétés changent
et les habitudes langagières en particulier, puisqu'il
s'agit ici de langage.
Les
"patients" et en particulier les enfants seront sensibles au
look des tests qui devra être actuel, suffisamment
attractif et, de plus, assez précis dans leur
présentation pour n'induire aucune erreur dans la
perception des items (visuels, auditifs etc.). La simple
adoption de tests "papier-crayon" ou "informatisés"
n'est pas sans conséquences, on le sait, et les normes
doivent être recherchées sur ces bases
distinctes.
Mais de
plus, la confrontation aux normes actualisées est
essentielle vu l'évolution générale des
sociétés, et l'on pourrait presque dire des
moeurs : ne constatons-nous pas un saut d'un mois - dans le
sens de la précocité - dans tel item en
motricité au test de Brunet-Lézine - étant
donné sans doute la liberté de mouvement
accordée aux jeunes nourrissons par rapport à des
temps pas si éloignés on l'on bordait les
tout-petits jusqu'à les immobiliser dans leur berceau.
Un phénomène bien connu à présent
sous le nom d'effet Flynn fait état d'une avancée
généralisée de par le monde en
matière de raisonnement analogique ("l'intelligence
fluide" de Cattel et Horn) chez les jeunes
générations, tandis que les niveaux de
maîtrise langagière, culturelle et
mnémonique ("intelligence cristallisée" des
mêmes auteurs) serait en perte de vitesse chez ces
mêmes juniors, comme cela semble l'avis de tous les
professeurs, et tandis que cette dernière dimension a
tendance à se maintenir voire à progresser encore
chez les seniors qui gardent le contact avec le domaine
intellectuel en leurs "vieux jours". Ceci pour
l'évolution des sociétés.
En
matière de "moeurs" langagières à
présent : combien peu (comme disaient les classiques
latins) parmi nous semblent sensibles à des abandons de
pans entiers des normes de langage, et je ne parle pas des
tournures subjonctives absolument dépassées, mais
par exemple de la relégation des formes interrogatives
totalement passées de mode en moins de dix ou vingt ans
en langue française parlée, sinon même
écrite. Que ce type de différences et d'autres
dussent (sic) être tenues à l'oeil par le
passé mais gommées de notre quotidien ne va
certes pas sans conséquence pour le domaine des tests.
L'impact
culturel est, quant à lui, à surveiller de
près : les items langagiers et surtout ceux de
vocabulaire et de syntaxe (on vient d'en donner un exemple)
doivent se résoudre à renoncer aux allusions
culturelles obsolètes. L'internationalisation du langage
de par l'immigration et
l'informatique viennent à
son tour compliquer et accélérer le
phénomène. Observons l'émission
"génies en herbe" pour nous rendre compte que l'item de
reconnaissance du seul morceau de musique classique est
lamentablement échoué par rapport aux neuf autres
titres de musique ultra-actuelle : phénomène bien
à l'image des ventes de musique à
l'échelon mondial. Nous citons ici le domaine musical
pour alléger un peu l'exposé, mais cette exigence
de modernité vaut pour la lecture et l'écriture,
bien évidemment.
3)
Pourquoi faut-il utiliser les tests originaux et non des
copies ?
Le fait de
disposer du matériel original et non de photocopies ou
de CD-Rom "pirates" est d'abord une question de qualité
: la fidélité du matériel est un gage de
fidélité des réponses, puisque toute
altération par rapport aux originaux peut
entraîner des altérations dans les
réponses.
Il faut
ensuite décider si l'on veut ou non faire des tests une
espèce en voie de disparition : de fait, les copies
profitent aux firmes de photocopieurs et autres, elles ne
profitent pas à nos professions ni à la
recherche. Or, ni les étalonnages ni les
travaux-adaptations ne font plus l'objet des travaux
universitaires ni de ceux des instituts supérieurs : ils
reposent donc entièrement sur les auteurs et sur les
éditeurs. Or, réaliser des étalonnages,
notamment sur des échantillons au hasard, coûte
énormément. Seuls des étalonnages
basés sur des strates socio-économiques et,
pourquoi pas, sur des ethnicités précises,
peuvent être confiés aux étudiants, aux
stagiaires, aux praticiens mais cela devient l'exception. Or,
les évaluations se faisant sur des variables en
évolution, elles sont nécessaires comme
témoins d'un moment de ces évolutions, à
des fins de comparaison pour l'avenir (ou par rapport au
passé).
De plus, la
disponibilité du public pour servir de cobaye est de
moins en moins assurée, si c'est sans compensation
financière minimale : la motivation étant
déjà faible chez les professionnels,
n'espérons pas que les "sondés" perçoivent
mieux la finalité de ces statistiques, pour eux moins
significatives encore. Curieusement, les évaluations les
plus faciles à obtenir le sont dans les prisons,
où le testing apparaît paradoxalement comme un
moment agréable à passer
Il faut
enfin savoir que la psychométrie n'est pas
spontanément enthousiasmante et que les règles
d'établissement des étalonnages sont vite
oubliées après les études, si du moins
elles furent enseignées. Toutefois, les firmes
éditrices sont généralement d'accord de
prendre en charge le traitement des données brutes, pour
peu qu'elles aient été encodées avec soin
et anonymement, pour respecter leur
confidentialité.
4)
Pourquoi les tests coûtent-ils chers ? Ou, en
dautres termes, que paie-t-on quand on achète un
test ?
Les tests,
finalement, sont chers parce que le malheureux acheteur qui
paie cède sans doute son achat à des
collègues, lequel donne lieu - comme les CD et les
partitions de musique - à de multiples copies. Ce
"malheureux" prend donc sur lui le poids de supporter, avec de
rares émules, le travail de l'auteur, de
l'éditeur et des sous-traitants, sans oublier donc les
frais accumulés par les normalisations et par les
versions révisées.
Si la
photocopie est admissible au niveau des étudiants - qui
peuvent d'ailleurs contribuer à l'amélioration
d'un test - elle l'est infiniment moins de la part de ces
mêmes étudiants devenus professionnels :elle ne
l'est plus du tout de la part de ceux qui en font un usage
rémunérateur.
Et là
se pose le problème de l'organisme désigné
pour la collecte d'un "forfait" pris sur tout photocopieur
(notamment) au profit de la totalité des éditeurs
: ce système (Reprobel pour le nommer) est
défendable pour les CD, les reproductions d'art, les
livres en général, qui sont de consommation
privée et non commercialisables en principes. Mais un
test est un instrument qui fournit du travail et mérite
à ce titre un statut distinct de celui des BD, des CD,
des périodiques etc. Ce statut n'est à ce jour
pas reconnu, si même il est prévu et nous en
doutons. Or, le simple fait d'entrer dans le système -
qu'on nous affirme ne pas être une taxe
déguisée et bénéficier vraiment aux
ayants droit - est très coûteux pour
l'éditeur et le "return" prévisible pour ce
dernier ne correspond pas à la mise exigée.
Sachons donc que, momentanément au moins, notre achat de
photocopieur soutient l'éditions de tous domaines sauf
celui de nos professions.