Les
sous-types de dyslexies phonologiques
développementales
Article paru
dans les Cahiers de la SBLU (2003), n°13,
6-10.
La notion de
dyslexie renvoie à une grande
hétérogénéité de profils.
Vouloir en établir une certaine classification n'est pas
sans intérêts. En effet, sur un plan clinique tout
d'abord, cela permettrait l'apport de précisions dans le
diagnostic, mais également une prise en charge et une
rééducation plus optimales. Un avantage majeur sur
le plan scientifique est par ailleurs à souligner :
travailler à partir de sous-types bien définis de
dyslexies permettrait une meilleure homogénéisation
des échantillons de recherche et par conséquent, des
observations plus valides.
Si
l'intérêt d'une telle classification est
généralement approuvé, ce n'est que
récemment, avec l'apport de nouveaux fondements
théoriques, que certaines recherches ont permis
d'identifier de manière valide et fiable une série
de profils types au sein de la population de
dyslexiques.
Nous nous
contenterons ici d'aborder les profils mis en évidence par
Morris & coll. en 1997 ; mais avant de les passer en revue, il
nous parait opportun de préciser l'optique de cette
recherche.
L'hypothèse
de limitation phonologique de Liberman & coll. (1989) d'une
part, et le modèle de Stanovich (1988, 1991), qui postule
l'existence de troubles spécifiques de la lecture d'autre
part, poussent les auteurs à poser l'hypothèse selon
laquelle il existerait trois sous-types de dyslexie:
· Sous-type
1 : Troubles de la conscience phonologique, pouvant inclure des
difficultés en dénomination rapide ;
· Sous-type
2 : Troubles phonologiques et en mémoire verbale à
court terme;
· Sous-type
3 : Troubles langagiers et cognitifs plus
généraux.
Afin de tester
cette hypothèse, 376 enfants âgés de 7.5
à 9.5 ans sont répartis en plusieurs groupes :
ceux qui présentent des troubles en lecture (1), en
mathématiques (2), en lecture et en mathématiques
(3), mais aussi ceux présentant un déficit
attentionnel (ADHD, (4)), un Q.I. inférieur à 80
(5), ou encore ceux ne présentant aucun problème
particulier (6).
Un tel
échantillon savère nécessaire pour
assurer une hétérogénéité
maximale et donc, tenir compte de la possibilité de
sous-types multiples.
Huit variables
(associées à une série dépreuves
permettant de les mesurer) sont sélectionnées comme
base de classification.
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Variables
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Epreuves
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1.
Conscience phonologique
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Auditory
Analys Test
(
Rosner & Simon, 1971)
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2.
Mémoire Verbale à Court Terme
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Word
String Recall
(
Shankweiler & coll., 1979)
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3.
Dénomination rapide
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Rapid
Naming Test
(
Katz & Shankweiler, 1985)
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4.
Lexique / Vocabulaire
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Epreuve
de Similitudes WISC-R
(
Wechsler,1974)
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5.
Production verbale
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Epreuve
de vitesse darticulation
(
Hulme et coll., 1984)
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6.
Compétences visuo-spatiales
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Judgement
of Line Orientation
(
Lindgren & Benton, 1980)
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7.
Attention visuelle
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Underlining
(Doehring,1968)
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8.
Mémoire non-verbale à court
terme
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Blocs
de Corsi
(
Milner, 1971)
|
Chaque enfant
obtient donc une série de scores concernant ces
différentes compétences cognitives et
langagières. De ces nombreux résultats, ce sont dix
profils différents qui émergent, et non trois comme
le stipulait lhypothèse de recherche.
Les cinq
premiers ne peuvent être considérés comme des
profils spécifiques de dyslexie
développementale :
Le premier, ne
regroupant que cinq enfants, ne permet aucune validation. Il est
donc supprimé (1). Deux autres profils ne présentent
aucun trouble de la lecture (2 & 3 ).
Il ressort
enfin deux sous-types incluant des enfants présentant des
troubles graves de la lecture, avec des scores bien en-dessous de
la moyenne de léchantillon testé pour la
totalité des variables testées (4 &
5).
Viennent alors
cinq autres profils, cinq sous-types spécifiques aux
troubles de la lecture.
Conformément
à lhypothèse de Liberman & coll. (1989),
quatre dentre eux présentent des difficultés
en conscience phonologique, variant par ailleurs pour les autres
facteurs testés : mémoire verbale à
court terme, dénomination rapide, etc.
Reprenons-les
un à un :
1. Troubles de
la conscience phonologique, de la mémoire verbale à
court terme et difficultés aux tâches demandant un
traitement rapide (dénomination rapide, production verbale,
etc.) Phonology - VSTM- Rate. (VSTM = Verbal Short- Term
Memory)
Ce groupe se
distingue particulièrement par rapport aux autres
sous-types spécifiques : les enfants présentent
des scores plus bas que la moyenne de léchantillon
aux épreuves de langage, un Q.I. plus faible, et
éprouvent davantage de problèmes scolaires. Ce
sous-type pourrait par ailleurs correspondre à lun
des profils définis par Wolf et coll. (1994), celui des
enfants présentant un déficit à la fois des
processus phonologiques et de ceux qui sous-tendent les
tâches de dénomination rapide.
2. Troubles de
la conscience phonologique, de la mémoire verbale à
court terme et du traitement spatial Phonology VSTM
Spatial
La
dénomination rapide semble préservée dans ce
cas, corroborant donc lhypothèse de Wolf &
coll. (1994) selon laquelle il existerait un sous-groupe
denfants dyslexiques avec troubles de la conscience
phonologique, mais un score normal en dénomination
rapide.
3. Troubles de
la conscience phonologique, de la mémoire verbale à
court terme et déficience du lexique - Phonology
VSTM- Lexical
Ce sont donc
essentiellement les problèmes de vocabulaire qui permettent
de différencier ce sous-type des autres.
4. Troubles de
la conscience phonologique et difficultés lors de
tâches demandant un traitement rapide Phonology
Rate.
Ce profil se
distingue par une mémoire verbale à court terme tout
à fait efficace, mais des difficultés de taille
concernant le contrôle des activités
motrices.
5. Le
cinquième et dernier sous-type, quant à lui, ne
montre aucune faiblesse en conscience phonologique, mais bien aux
différentes tâches demandant un traitement ou une
réponse rapide, par exemple en dénomination rapide,
vitesse de production verbale Rate deficit.
Ici
également, un rapprochement peut être fait avec
lun des sous-types de dyslexie envisagé par Wolf
& coll. (1994) qui se caractériserait par des
faiblesses en dénomination rapide mais une conscience
phonologique intacte. Notons que dans ce cas, des problèmes
de compréhension pourraient sexpliquer par une
reconnaissance des mots ralentie ou inexacte.
Cette recherche
de Morris & coll. (1997) est donc loccasion de confirmer
les hypothèses formulées par Liberman & coll.
(1989) et Wolf et coll. (1994) ; mais également
daffiner les différents profils.
En guise de
conclusion, nous reprendrons ces différents sous-types
spécifiques de dyslexie développementale sous forme
dun tableau récapitulatif (voir page
suivante).
Tenir compte de
cette diversité de profils lors des recherches futures,
mais aussi lors des démarches diagnostiques et de
rééducation pourrait savérer
très enrichissant
.
Natacha
ROME
Licenciée
en Psychologie
Etudiante
en DEA (Développement cognitif)
Bibliographie
Fletcher J.M.
& al. (1995). Subtypes of dyslexia : an old problem revisited.
In B.A. Blachman (Ed.). Foundation of reading acquisition and
dyslexia. Implication for early intervention. London : LEA, pp.
95-114.
Morris, RD
& al. (1998). Subtypes of Reading disability : Variability
Around a phonological core. Journal of Educational Psychology. 90,
3, 347-373.
Plaza M.
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sous-types. In R. Cheminal R. & V. Brun (2002). Les
dyslexies. Paris: Masson. 35-41.
Stanovich, K.
E. (1988). Explaining the differences between the dyslexic and the
garden-variety poor reader: The phonological-core
variable-difference model. Journal of Learning Disabilities,
21.
Wolf M. &
Bowers PG. (1999). The double-deficit hypothesis for the
developmental dyslexias. Journal of Educational Psychology. 91,3,
415-438.