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Dernière mise à jour:

16 août 2010

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 
Les sous-types de dyslexies phonologiques développementales

Article paru dans les Cahiers de la SBLU (2003), n°13, 6-10.

 

La notion de dyslexie renvoie à une grande hétérogénéité de profils. Vouloir en établir une certaine classification n'est pas sans intérêts. En effet, sur un plan clinique tout d'abord, cela permettrait l'apport de précisions dans le diagnostic, mais également une prise en charge et une rééducation plus optimales. Un avantage majeur sur le plan scientifique est par ailleurs à souligner : travailler à partir de sous-types bien définis de dyslexies permettrait une meilleure homogénéisation des échantillons de recherche et par conséquent, des observations plus valides.

Si l'intérêt d'une telle classification est généralement approuvé, ce n'est que récemment, avec l'apport de nouveaux fondements théoriques, que certaines recherches ont permis d'identifier de manière valide et fiable une série de profils types au sein de la population de dyslexiques.

Nous nous contenterons ici d'aborder les profils mis en évidence par Morris & coll. en 1997 ; mais avant de les passer en revue, il nous parait opportun de préciser l'optique de cette recherche.

L'hypothèse de limitation phonologique de Liberman & coll. (1989) d'une part, et le modèle de Stanovich (1988, 1991), qui postule l'existence de troubles spécifiques de la lecture d'autre part, poussent les auteurs à poser l'hypothèse selon laquelle il existerait trois sous-types de dyslexie:

 

· Sous-type 1 : Troubles de la conscience phonologique, pouvant inclure des difficultés en dénomination rapide ;

· Sous-type 2 : Troubles phonologiques et en mémoire verbale à court terme;

· Sous-type 3 : Troubles langagiers et cognitifs plus généraux.

 

Afin de tester cette hypothèse, 376 enfants âgés de 7.5 à 9.5 ans sont répartis en plusieurs groupes : ceux qui présentent des troubles en lecture (1), en mathématiques (2), en lecture et en mathématiques (3), mais aussi ceux présentant un déficit attentionnel (ADHD, (4)), un Q.I. inférieur à 80 (5), ou encore ceux ne présentant aucun problème particulier (6).

Un tel échantillon s’avère nécessaire pour assurer une hétérogénéité maximale et donc, tenir compte de la possibilité de sous-types multiples.

Huit variables (associées à une série d’épreuves permettant de les mesurer) sont sélectionnées comme base de classification.

Variables
Epreuves

1. Conscience phonologique

Auditory Analys Test

( Rosner & Simon, 1971)

2. Mémoire Verbale à Court Terme

Word String Recall

( Shankweiler & coll., 1979)

3. Dénomination rapide

Rapid Naming Test

( Katz & Shankweiler, 1985)

4. Lexique / Vocabulaire

Epreuve de Similitudes –WISC-R

( Wechsler,1974)

5. Production verbale

Epreuve de vitesse d’articulation

( Hulme et coll., 1984)

6. Compétences visuo-spatiales

Judgement of Line Orientation

( Lindgren & Benton, 1980)

7. Attention visuelle

Underlining

(Doehring,1968)

8. Mémoire non-verbale à court terme

Blocs de Corsi

( Milner, 1971)

Chaque enfant obtient donc une série de scores concernant ces différentes compétences cognitives et langagières. De ces nombreux résultats, ce sont dix profils différents qui émergent, et non trois comme le stipulait l’hypothèse de recherche.

Les cinq premiers ne peuvent être considérés comme des profils spécifiques de dyslexie développementale :

Le premier, ne regroupant que cinq enfants, ne permet aucune validation. Il est donc supprimé (1). Deux autres profils ne présentent aucun trouble de la lecture (2 & 3 ).

Il ressort enfin deux sous-types incluant des enfants présentant des troubles graves de la lecture, avec des scores bien en-dessous de la moyenne de l’échantillon testé pour la totalité des variables testées (4 & 5).

Viennent alors cinq autres profils, cinq sous-types spécifiques aux troubles de la lecture.

Conformément à l’hypothèse de Liberman & coll. (1989), quatre d’entre eux présentent des difficultés en conscience phonologique, variant par ailleurs pour les autres facteurs testés : mémoire verbale à court terme, dénomination rapide, etc.

Reprenons-les un à un :

1. Troubles de la conscience phonologique, de la mémoire verbale à court terme et difficultés aux tâches demandant un traitement rapide (dénomination rapide, production verbale, etc.) – Phonology - VSTM- Rate. (VSTM = Verbal Short- Term Memory)

Ce groupe se distingue particulièrement par rapport aux autres sous-types spécifiques : les enfants présentent des scores plus bas que la moyenne de l’échantillon aux épreuves de langage, un Q.I. plus faible, et éprouvent davantage de problèmes scolaires. Ce sous-type pourrait par ailleurs correspondre à l’un des profils définis par Wolf et coll. (1994), celui des enfants présentant un déficit à la fois des processus phonologiques et de ceux qui sous-tendent les tâches de dénomination rapide.

2. Troubles de la conscience phonologique, de la mémoire verbale à court terme et du traitement spatial –Phonology – VSTM – Spatial

La dénomination rapide semble préservée dans ce cas, corroborant donc l’hypothèse de Wolf & coll. (1994) selon laquelle il existerait un sous-groupe d’enfants dyslexiques avec troubles de la conscience phonologique, mais un score normal en dénomination rapide.

3. Troubles de la conscience phonologique, de la mémoire verbale à court terme et déficience du lexique - Phonology – VSTM- Lexical

Ce sont donc essentiellement les problèmes de vocabulaire qui permettent de différencier ce sous-type des autres.

4. Troubles de la conscience phonologique et difficultés lors de tâches demandant un traitement rapide – Phonology Rate.

Ce profil se distingue par une mémoire verbale à court terme tout à fait efficace, mais des difficultés de taille concernant le contrôle des activités motrices.

5. Le cinquième et dernier sous-type, quant à lui, ne montre aucune faiblesse en conscience phonologique, mais bien aux différentes tâches demandant un traitement ou une réponse rapide, par exemple en dénomination rapide, vitesse de production verbale – Rate deficit.

Ici également, un rapprochement peut être fait avec l’un des sous-types de dyslexie envisagé par Wolf & coll. (1994) qui se caractériserait par des faiblesses en dénomination rapide mais une conscience phonologique intacte. Notons que dans ce cas, des problèmes de compréhension pourraient s’expliquer par une reconnaissance des mots ralentie ou inexacte.

Cette recherche de Morris & coll. (1997) est donc l’occasion de confirmer les hypothèses formulées par Liberman & coll. (1989) et Wolf et coll. (1994) ; mais également d’affiner les différents profils.

En guise de conclusion, nous reprendrons ces différents sous-types spécifiques de dyslexie développementale sous forme d’un tableau récapitulatif (voir page suivante).

Tenir compte de cette diversité de profils lors des recherches futures, mais aussi lors des démarches diagnostiques et de rééducation pourrait s’avérer très enrichissant….

 

Natacha ROME

Licenciée en Psychologie

Etudiante en DEA (Développement cognitif)

 

Bibliographie

Fletcher J.M. & al. (1995). Subtypes of dyslexia : an old problem revisited. In B.A. Blachman (Ed.). Foundation of reading acquisition and dyslexia. Implication for early intervention. London : LEA, pp. 95-114.

Morris, RD & al. (1998). Subtypes of Reading disability : Variability Around a phonological core. Journal of Educational Psychology. 90, 3, 347-373.

Plaza M. (2002). Les dyslexies de développement : types et sous-types. In R. Cheminal R. & V. Brun (2002). Les dyslexies. Paris: Masson. 35-41.

Stanovich, K. E. (1988). Explaining the differences between the dyslexic and the garden-variety poor reader: The phonological-core variable-difference model. Journal of Learning Disabilities, 21.

Wolf M. & Bowers PG. (1999). The double-deficit hypothesis for the developmental dyslexias. Journal of Educational Psychology. 91,3, 415-438.