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Dernière mise à jour:

7 septembre 2010

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 
Des fausses croyances à propos des représentations phonologiques ?

Article paru dans les Cahiers de la SBLU (2003), n°13, 10-12.

 

Les représentations phonologiques constituent une pierre d'angle d'un grand nombre de compétences développées par les êtres humains. Parler, comprendre, penser, planifier, lire, écrire, mémoriser, calculer sont des actes de la vie quotidienne qui impliquent l'utilisation de ces représentations phonologiques.

Nombreuses sont les personnes qui s'accordent à dire que les représentations phonologiques sont des représentations mentales de la parole. Abstraites, dénuées de sens, elles constituent pour chaque individu un répertoire des unités linguistiques pertinentes.

En tant que personnes entendantes, nous accordons un poids très important au rôle qu'a pu jouer le canal sonore dans la construction de notre grille phonologique de référence. Et nous avons souvent des difficultés à conceptualiser une utilisation de ces mêmes représentations phonologiques en dehors d'un cadre de référence sonore.

Pourtant, l'acte de parole, à la source de la constitution des représentations phonologiques, est avant tout un acte physique, c'est à dire corporel plutôt que sonore. Le son en effet doit être considéré comme un épiphénomène qu'un auditeur capte parce qu'un locuteur a planifié une séquence motrice qui en constitue la source.

Le son, plus saillant que l'acte physique buccophonatoire, fait parfois oublier que la source sonore appartient à l'individu qui parle, c'est à dire qui .. bouge.... En ce sens, la langue des signes qui passe par l'activité motrice manuelle n'est vraisemblablement pas différente des langues parlées que nous appelons donc, à tort, les langues orales ou sonores. On trouve des éléments de confirmation de cette hypothèse dans le fait que les personnes exposées à cette langue comme première langue, développent des processus cognitifs identiques en tous points à ceux des entendants. On observe par exemple, un fonctionnement efficace de la boucle « articulatoire/manuelle » en mémoire de travail, sur base de la manipulation de codes mnésiques basés sur les paramètres de formation des signes. Ces paramètres de formation prennent ainsi valeur de paramètres « phonologiques » ... C'est pourquoi, les personnes, natives de la langue des signes montrent des effets de similitude « phonologique/visuelle » et de longueur identiques aux personnes entendantes.

Une fois confrontés à la question des représentations que peuvent développer les personnes privées d'audition, s'ouvre un champ de réflexions qui, bien qu'essentielles, ont été souvent reléguées au second plan.

 

De quelle nature sont les représentations phonologiques des êtres humains ? De quoi sont elles constituées? Quels sont les inputs linguistiques qui ont servi de support à la construction de ces représentations phonologiques ?

Pouvons-nous, osons-nous considérer que les représentations phonologiques sont hybrides et de nature différente pour chaque individu ? En d'autres termes, devons-nous tendre vers l'idée que les représentations phonologiques d'un individu A sont différentes de celles d'un individu B, tout en constatant que ces représentations aboutissent (heureusement!) à délimiter les mêmes unités linguistiques ?

Lorsqu'un adulte ou un enfant présente des troubles de la sphère phonologique comme des difficultés à déterminer les frontières phonologiques, où se situe la part attribuable à l'audition et où se situe la part attribuable à d'autres sources d'information: vision via la lecture labiale, somesthésie, schèmes articulatoires, interférences perceptives ?

Les représentations phonologiques évoluent-elles avec le temps en fonction de l'expérience de l'individu (apprentissage de l'écrit, de la sténo, bilinguisme, fluctuation de l'audition, expérience naturelle de la lectura labiale voire même... orthodontie, etc..) ?

Sommes-nous certains lorsqu'un enfant discrimine le /p/ et le /b/ qu'il s'appuie sur la différence sonore (dont on sait que le signal est loin d'être stable) entre ces deux phonèmes ? A l'inverse, lorsqu'un enfant confond /p/ et /b/ comment pouvons nous investiguer le travail qu'il réalise lorsqu'il essaye de déterminer les frontières phonologiques entre les deux phonèmes. A-t-il repéré le voisement de manière « somesthésique/articulatoire » ou de manière « sonore » ?

S'ouvrir à un tel champ de questions aboutit inévitablement à constater l'immense ignorance que nous avons encore dans ce domaine. Un chemin considérable reste encore à parcourir qui nous permettra, à terme, j'en suis convaincue, de nous tourner vers nos patients, petits et grands, avec des outils méthodologiques mieux adaptés.

C'est l'occasion de rappeler une fois de plus l'importance de la recherche fondamentale pour le développement de notre profession, de sa reconnaissance et de sa crédibilité.

 

Brigitte CHARLIER

Centre Comprendre et Parler

Laboratoire de Psychologie Expérimentale de l'ULB.