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Dernière mise à jour:

16 août 2010

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Mise en place d'un panneau de communication comme support aux échanges conversationnels entre le patient aphasique en phase aiguë d'hospitalisation et le personnel soignant / les proches

Isabelle Havard

Article paru dans les Cahiers de la SBLU (2000), n°4, 12-15.

 

 

Projet subsidié par la Fondation Van Goethem-Brichant :

Superviseurs du projet et collaborateurs:

Professeur Xavier Seron, Marie-Pierre de Partz, Valérie Cornil et Isabelle Havard.

 

Il n'existe actuellement aucun système de communication adapté aux personnes rencontrant des troubles langagiers importants en phase de début d'hospitalisation. Cette absence d'aide crée un état d'isolement insoutenable chez ce type de patients. D'après Ponzio et al. (1991) ainsi que divers témoignages (Van Binnebeek & Busschaert, 1997), ces personnes développent un sentiment immense de frustration, d'incompréhension, de révolte et se retrouvent, en général, dans un état dépressif profond. Il semble donc essentiel de pouvoir leur proposer un support à la communication pour les aider à exprimer leurs besoins, leurs désirs et leurs sentiments.

Lors d'entretiens avec quelques membres d'un personnel soignant, ceux-ci ont manifesté ce besoin de disposer d'un "outil" efficace pour communiquer avec les personnes aphasiques sévères en phase aiguë face auxquelles ils se sentent souvent démunis pour entrer en contact avec elles, les comprendre et donc répondre à leurs besoins.

Face à ce manque à combler et à une demande provenant du personnel soignant, un panneau composé de dessins a été construit et proposé à plusieurs patients aphasiques hospitalisés. Ce support est destiné à l'usage des patients, des infirmiers et des proches afin de permettre aux patients de communiquer leurs besoins et aux autres de répondre plus adéquatement aux besoins émis.

Le panneau est actuellement disponible et peut être utilisé avec d'autres patients qui en auraient besoin. Les logopèdes qui le désirent pourront le proposer à des personnes aphasiques hospitalisées ainsi qu'au personnel soignant.

Les informations concernant les besoins que l'on peut rencontrer en hôpital devant paraître sur le panneau ont été récoltées à partir d'entretiens avec le personnel infirmier et certains proches de patients que l'on a observés au cours de différentes activités en hôpital (repas, soins, ergothérapie en chambre, séances de kinésithérapie, visite de proches). Ces observations directes nous ont permis de compléter notre liste d'informations. Celle-ci concerne principalement les besoins vitaux (manger, se laver, aller aux toilettes,...), les positions (assis, debout, position du lit), des objets courants ou personnels (mouchoir, lunettes, montre,...), les sensations (chaud/froid, avoir mal, trop de bruit,...) et quelques sentiments/souhaits (se sentir seul, vouloir être seul, ça va, être triste,...). Le oui/non est également représenté par un pouce pointé vers le haut (= oui) et un pouce pointé vers le bas (= non).

Le panneau a été conçu dans l'optique d'un balayage visuel aisé de l'ensemble des informations (nous avons tenté de nous limiter à l'essentiel) et d'une reconnaissance rapide des images. Celles-ci ont été réalisées au trait simple noir par souci de clarté, de standardisation et de généralisation. Elles sont organisées par catégories sur le panneau.

Le support se présente sous forme de deux chemises en plastique transparent (destiné au départ pour la collection de cartes à jouer) de format A4, reliées et constituant ainsi un tableau à quatre faces que l'on peut ouvrir facilement et manipuler d'une seule main (voir figure 1). Ces fardes sont constituées de neuf pochettes sur chaque face où l'on peut glisser des images de 9 cm x 6,6 cm (au total 36 images). Celles-ci sont cartonnées rendant ainsi le support solide. Les noms sont indiqués en dessous des images respectives permettant ainsi à certains patients de se baser sur l'analyse visuelle parallèlement au décodage graphémique. Une réserve d'une dizaine d'images est également à disposition. Ce système de pochettes permet de modifier et d'adapter le panneau selon les besoins les plus importants de chaque patient.

Sur la première face sont représentées les différentes positions du lit et de la personne (assis, debout, couché). Les deuxième et troisième faces sont consacrées aux besoins vitaux et au bien-être physique du patient. Enfin, la quatrième est réservée plutôt à l'état "psychique" du patient.

 

 

Figure 1 : Panneau de communication (un arrangement possible d'images)

 

1ere face 2e et 3e faces 4e face

(positions) (hygiène et sensations) (sentiments+objets)

 

 

Avant l'installation du panneau, nous initions le personnel soignant et les proches à son utilisation afin qu'ils puissent s'en servir adéquatement avec le patient. L'initiation consiste à quelques conseils et démonstrations avec le panneau. Nous nous assurons également que le patient comprenne correctement chaque image. Nous passons en revue chaque image en l'associant avec l'objet réel (brosse à cheveux), l'action réelle (boire, remonter le lit) ou en mimant la sensation (avoir froid). Quelques séances au cours des premiers jours sont nécessaires pour apprendre au patient à associer l'image au référent réel et en même temps lui rappeler les différentes informations présentes sur le panneau. Notons une difficulté particulière avec les patients aphasiques globaux et ceux de Wernicke pour leur faire comprendre le but du panneau : s'en servir lorsqu'ils n'arrivent pas à communiquer une information.

 

Un nombre de prérequis doivent être présents pour une bonne utilisation du panneau par le patient.

1) Le patient doit être nosognosique et motivé pour utiliser un moyen alternatif de communication (un patient dépressif peut refuser ce genre d'aide, ou une personne peut considérer ce genre de support comme infantilisant !).

2) La compréhension doit être un minimum préservée afin que le patient puisse comprendre les dessins, le but du panneau et son utilisation. Cette dernière nécessite également une certaine préservation des capacités attentionnelles, mnésiques et motrices.

3) La collaboration du personnel infirmier est également très importante. Il doit pouvoir spontanément présenter le panneau au patient pour que celui-ci puisse désigner les images.

4) Une phase d'apprentissage pour se servir du panneau (balayer les images, se souvenir des informations représentées, pouvoir sélectionner et pointer vers une image) est nécessaire.

5) Enfin, le plus évident en soi mais le plus difficile à cerner, les besoins de communication ressentis par le patient doivent être présents sur le panneau.

Ce dernier point reste toujours à vérifier et dépend probablement, en partie, du cas par cas. D'autres informations que celles répertoriées pourraient être utiles pour certaines personnes mais il faudrait encore les identifier. Les infirmiers et les proches ont souvent rapporté une bonne communication des besoins vitaux sans l'aide du panneau.

 

Un des objectifs fixés au départ visait à l'exploitation du support par le plus grand nombre d'aphasiques hospitalisés possible. Cependant, chaque patient est très différent d'un autre (même s'il s'agit d'aphasiques globaux) au niveau des capacités cognitives préservées, des stratégies de compensation privilégiées, des motivations, de l'encadrement familial et infirmier, de la personnalité, de l'état émotionnel actuel... Tous ces éléments représentent un défi dans la mise en place d'un tel support. Des images de réserve sont destinées à pouvoir adapter le support selon les besoins et les demandes de chaque patient. Cette réserve peut s'avérer insuffisante et le système de pochettes sur le panneau permet d'y insérer d'autres images ou photos personnelles, adaptées et évoluant avec l'état, les désirs et les besoins du patient.

 

A ce jour, nous avons pu proposer le panneau à six patients hospitalisés. Aucun d'eux ne l'a utilisé de manière efficace pour transmettre de l'information même lorsqu'il leur était présenté afin qu'ils puissent pointer vers une image. La compréhension de l'objectif du panneau par le patient a été mise en question par certains membres du personnel soignant.

 

Malgré cette absence d'échanges d'informations via le panneau, plusieurs avantages ont été relevés.

1) Ce type de support se base sur la même stratégie que celle adoptée pour les carnets de communication, à savoir le pointage d'images parmi un ensemble d'items. La différence repose dans le type et le nombre d'informations représentées. Le panneau peut donc servir d'initiation, de préparation à l'utilisation plus générale et plus complète des carnets.

2) Des bénéfices secondaires peuvent également intervenir tel un premier contact plus efficace, mieux adapté aux troubles du patient. D'un côté, des informations sur l'aphasie sont données aux proches et au patient lors de l'installation du panneau. Ceux-ci ne restent pas dans "le flou" et une aide peut leur être proposée dès le début de l'hospitalisation. Le patient ainsi que la famille sont ainsi pris en charge assez rapidement. D'un autre côté, le thérapeute et le personnel infirmier disposent d'un "outil" pour aborder le thème de l'aphasie et peuvent proposer tout de suite un moyen de communication alternative et/ou augmentative.

3) En conséquence de ce deuxième point, le patient ne reste pas isolé dans son silence avec le sentiment d'incompréhension et d'absence totale de moyen de communication avec son entourage. On peut donc prévenir ou atténuer, d'une certaine façon, une dépression importante chez la majorité des personnes aphasiques en phase aiguë. En outre, un certain soutien est apporté aux proches pour qu'ils ne se sentent pas complètement démunis face aux troubles langagiers.

 

Le panneau présente, certes, des limites et demande probablement encore quelques ajustements. Cependant, il peut véritablement se montrer utile dans l'approche et la prise de contact avec les patients en phase aiguë. Nous espérons vivement que les membres de la SBLU et d'autres professionnels seront intéressés à proposer ce type d'aide en hôpital, aide qui pourrait malgré tout servir aussi à la transmission d'informations chez d'autres patients puisqu'une personne, même aphasique hospitalisée, semble bien unique...

 

 

Si vous désirez des informations supplémentaires et vous procurer le panneau, vous pouvez vous adresser à Isabelle Havard (010/ 47 90 62 ou 0477/ 464 009 - email : havard@neco.ucl.ac.be) ou Valérie Cornil (010/47 87 68). Unité NECO - Neuropsychologie Cognitive - Faculté de Psychologie et des Sciences de l'Education - 10, Place Cardinal Mercier - 1348 Louvain-la-Neuve