A
propos du larynx
Article paru
dans les Cahiers de la SBLU (2003), n°14,
22-25
Alain Piron.
Ostéopathe
Le larynx,
complexe mobile biomécanique
cartilagino-ligamento-musculaire est situé à la
partie antérieure et médiane du cou entre le
squelette céphalique et hyoïdien crânialement et
le squelette thoracique caudalement. Haubané par des
étais musculo-aponévrotiques
« intelligents », le larynx détermine
par son intégrité fonctionnelle la qualité
des fonctions aussi importantes que : la respiration, la
déglutition, la protection des voies respiratoires, la
phonation et la posture. Los hyoïde, véritable
chef dorchestre des lignes de force dynamiques de la
région du cou, protecteur et partenaire de la
biomécanique laryngée, témoin
privilégié des dysfonctions laryngées,
partage une relation fonctionnelle et anatomique intime avec le
larynx. C est notamment par cette relation que le larynx est
impliqué dans les fonctions précitées dont la
gestion neuro-musculaire est une prouesse sans égal pour
lhomme qui lors de la phylogenèse et de
lontogenèse a du résoudre le problème
du croisement des voies aériennes supérieures et
digestives (parfois bien difficile à gérer)
imposé par le redressement postural.
Le larynx
producteur de la fréquence fondamentale nintervient
pas seul dans lémission sonore, dautres
mécanismes physiologiques sont indispensables, ils
intéressent notamment : les cavités acoustiques
pharyngées, buccales et nasales ; les praxies buccales
et linguales ; la position céphalique ; la
posture globale de lindividu et létat du tonus
musculaire local et général.
Le son
né de lappareil respiratoire qui fournit le souffle
dépend donc aussi de lappareil digestif qui par son
grand potentiel de variabilité va moduler la production
sonore. Sans vouloir entrer dans une analyse qui sortirait
largement du cadre de cet article, il importe de souligner deux
remarques intéressantes ; la première
considère lorigine embryonnaire du larynx, la
deuxième, son appartenance aux chaînes
musculo-fasciales de lindividu.
1)
Embryologiquement, par sa musculature intrinsèque, le
larynx appartient à lunité embryonnaire
occiput nerf hypoglosse (XIIème paire
crânienne) muscles linguaux et laryngés
(intrinsèques) et par sa musculature extrinsèque, il
appartient à lunité embryonnaire
vertèbres cervicales - nerfs rachidiens cervicaux
muscles laryngés extrinsèques(chaîne
hyoïdienne). La musculature intrinsèque du larynx est
donc dorigine somitique (mésoblaste para-axial
dérivés des deux premiers somites occipitaux)et
branchiale (sixième arc pharyngien).
2) Le larynx,
considéré au sens anatomique du terme, fait partie
de deux chaînes musculaires
antéro-postérieures de lindividu : la
chaîne linguale antérieure et la chaîne
pharyngo-pré-vertébrale (la 3ème étant
la chaîne faciale postérieure).
Il appartient
à la chaîne linguale antérieure par sa
musculature extrinsèque. Cest la chaîne de la
flexion, de linconscient, de la fonction
succion-déglutition, du repli sur soi. Par sa musculature
intrinsèque, il fait partie de la chaîne
pharyngo-pré-vertébrale. Cest la chaîne
pulsionnelle du désir de vie, des rythmes respiratoires et
crâniens. Elle est liée à la respiration et
à la parole, à la digestion et lalimentation.
Elle équilibre les chaînes linguales et faciales. Par
sa relation intime avec los hyoïde et la langue, le
larynx met en relation la chaîne linguale antérieure
et la chaîne faciale postérieure (cest la
chaîne de louverture, dextension, de la
sensorialité discriminative , du conscient) lors: de
linspiration, de la déglutition et de la position
dattente linguale cest à dire lors de fonctions
nécessitant un contact « langue- palais ».
Ces trois chaînes permettent à lindividu
léquilibre
antéro-postérieur.
Par sa relation
intime avec los hyoïde, le larynx fait aussi partie des
deux chaînes restantes, les chaînes
latéro-masticatrices antéro-latérales et
postéro-latérales qui sont les chaînes
dynamiques, relationnelles, tonico-phasiques. Le rôle de
lhyoïde est aussi de neutraliser laction de
chaînes dynamiques sur le larynx lorsque la participation de
celui-ci est recrutée pour des fonctions précises
comme la phonation et la déglutition. Limplication du
larynx dans la fonction des chaînes musculaires doit
être brève, de courte durée, toute
participation chronique signe obligatoirement une compensation
adaptative à un déséquilibre fonctionnel.
Struyf et Denys ont bien étudié ces chaînes
musculaires dans leur organisation globale et leur aspect
morphopsychologique.
Quelques
éléments danatomie décrits ci-dessous
permettront une meilleure compréhension des interrelations
entre le larynx et les autres structures anatomiques.
La position et
la mobilité du larynx dépend :
- de la
position céphalique et mandibulaire
-stylo-pharyngien
-constricteur
inférieur
-via
los hyoïde : -stylo-hyoïdien
-digastrique
antérieur et postérieur
-génio-hyoïdien
-constricteur
moyen
- de la
position de la langue :
-lingual
supérieur et inférieur
-via
los hyoïde : -hyo-glosse
-septum
lingual
- de la
cinétique diaphragmatique
Il est
aisé de comprendre en analysant ces données que le
larynx ne peut être étudié à son seul
niveau anatomique (articulation crico-thyroïdienne, muscles
aryténoïdiens
) mais doit être
intégré dans létude dune
chaîne fonctionnelle qui dépend de la posture (dans
son sens dynamique), de la respiration, de la mastication, de la
déglutition, de la phonation et de
lexpression.
Léquilibre
biomécanique de la fonction phonatoire est la
résultante dun équilibre général
dans lequel elle assure à son tour une place
prépondérante. La tension des structures assurant le
niveau vertical du larynx est un élément important
dans cet équilibre.
Lallongement
de la face, la descente du massif lingual et du larynx sous
linfluence de la traction exercée par les
viscères cervico-thoraciques lors de lhomonisation du
crâne dans la phylogenèse permettent de comprendre la
nécessité dun équilibre mutuel de
toutes les structures anatomiques nécessaires à la
posture humaine. Lontogenèse reproduit la
modification de la morphologie céphalique lorsque le sujet
change de posture, elle est évolutive dès la
naissance et tout au long de la croissance, surtout lors du
passage de la position assise à la station
érigée permanente.
Le but
principal de toute thérapie manuelle est la normalisation
des pertes de mobilité du larynx. Les techniques de
normalisation basées sur la neurophysiologie sont de deux
types: fonctionnelles et structurelles. Elles interviennent
à deux niveaux : local et holistique selon le type de
pathologie rencontrée (iatrogène, chronique,
fonctionnelle, traumatique
). Outre la normalisation de
la biomécanique ostéo-articulaire, la
thérapie manuelle ostéopathique vise la levée
des entraves mécaniques aux voies de communication
liquidiennes et nerveuses (neuropathie demprisonnement) de
lorganisme en rendant à la fonction humaine le plus
grand crédit de compensation possible.
Mais, tout
traitement du larynx quel quil soit doit intégrer
celui-ci dans un système musculo-aponévrotique
complexe qui assure les fonctions physiologiques vitales, à
savoir : la déglutition, la respiration, la
mastication, la phonation et lexpression.
Dans les
années 60, le Docteur A. de Sambucy dans son ouvrage sur
« les nouvelles médecines naturelles »
préconisait déjà dans le chapitre
« souffle coupé, voix et colonne » une
thérapie holistique.
« Il
faut libérer la base du crâne.
Il faut
libérer le cou vertébral
Il faut
allonger le cou musculaire
Il faut
libérer le diaphragme
Il faut
libérer la charnière de TISSIE
(=alignement
des côtes avec la colonne) »
Nous
navons rien inventé !
Cest
à nous, thérapeutes de la voix, de prendre en compte
tous ces éléments interactifs pour aider nos
patients. Dans ce contexte, la qualité de la voix doit
être considérée comme une finalité,
comme le témoin du fonctionnement optimal dun
système biomécanique complexe ou le
thérapeute contribue modestement à
létablissement dun crédit de
compensation qui permet au corps de sautogérer. Bien
souvent, lémission sonore comme moyen daction
thérapeutique est employée trop tôt, il ne
faut pas « mettre la charrue avant les
bufs », les cordes vocales et les cavités
de résonances ne jouent leurs rôles correctement que
si on leur en donne les moyens.
Références
:
de Sambucy, A.
(1960). Nouvelle médecine vertébrale de toutes
les maladies chroniques. Ed. Dangles.
Struft-Denis,
G. (1978). Les chaînes musculaires et articulatoires.
Bruxelles : SBO-RTM