Accueil

Présentation

Inami

Cahiers

Conférences

Annuaire

PRESSE

Divers

Liens

Contacts

 

Dernière mise à jour:

16 août 2010

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

A propos du larynx

Article paru dans les Cahiers de la SBLU (2003), n°14, 22-25

Alain Piron. Ostéopathe

 

Le larynx, complexe mobile biomécanique cartilagino-ligamento-musculaire est situé à la partie antérieure et médiane du cou entre le squelette céphalique et hyoïdien crânialement et le squelette thoracique caudalement. Haubané par des étais musculo-aponévrotiques « intelligents », le larynx détermine par son intégrité fonctionnelle la qualité des fonctions aussi importantes que : la respiration, la déglutition, la protection des voies respiratoires, la phonation et la posture. L’os hyoïde, véritable chef d’orchestre des lignes de force dynamiques de la région du cou, protecteur et partenaire de la biomécanique laryngée, témoin privilégié des dysfonctions laryngées, partage une relation fonctionnelle et anatomique intime avec le larynx. C ’est notamment par cette relation que le larynx est impliqué dans les fonctions précitées dont la gestion neuro-musculaire est une prouesse sans égal pour l’homme qui lors de la phylogenèse et de l’ontogenèse a du résoudre le problème du croisement des voies aériennes supérieures et digestives (parfois bien difficile à gérer) imposé par le redressement postural.

Le larynx producteur de la fréquence fondamentale n’intervient pas seul dans l’émission sonore, d’autres mécanismes physiologiques sont indispensables, ils intéressent notamment : les cavités acoustiques pharyngées, buccales et nasales ; les praxies buccales et linguales ; la position céphalique ; la posture globale de l’individu et l’état du tonus musculaire local et général.

Le son né de l’appareil respiratoire qui fournit le souffle dépend donc aussi de l’appareil digestif qui par son grand potentiel de variabilité va moduler la production sonore. Sans vouloir entrer dans une analyse qui sortirait largement du cadre de cet article, il importe de souligner deux remarques intéressantes ; la première considère l’origine embryonnaire du larynx, la deuxième, son appartenance aux chaînes musculo-fasciales de l’individu.

1) Embryologiquement, par sa musculature intrinsèque, le larynx appartient à l’unité embryonnaire occiput – nerf hypoglosse (XIIème paire crânienne) – muscles linguaux et laryngés (intrinsèques) et par sa musculature extrinsèque, il appartient à l’unité embryonnaire vertèbres cervicales - nerfs rachidiens cervicaux – muscles laryngés extrinsèques(chaîne hyoïdienne). La musculature intrinsèque du larynx est donc d’origine somitique (mésoblaste para-axial dérivés des deux premiers somites occipitaux)et branchiale (sixième arc pharyngien).

2) Le larynx, considéré au sens anatomique du terme, fait partie de deux chaînes musculaires antéro-postérieures de l’individu : la chaîne linguale antérieure et la chaîne pharyngo-pré-vertébrale (la 3ème étant la chaîne faciale postérieure).

Il appartient à la chaîne linguale antérieure par sa musculature extrinsèque. C’est la chaîne de la flexion, de l’inconscient, de la fonction succion-déglutition, du repli sur soi. Par sa musculature intrinsèque, il fait partie de la chaîne pharyngo-pré-vertébrale. C’est la chaîne pulsionnelle du désir de vie, des rythmes respiratoires et crâniens. Elle est liée à la respiration et à la parole, à la digestion et l’alimentation. Elle équilibre les chaînes linguales et faciales. Par sa relation intime avec l’os hyoïde et la langue, le larynx met en relation la chaîne linguale antérieure et la chaîne faciale postérieure (c’est la chaîne de l’ouverture, d’extension, de la sensorialité discriminative , du conscient) lors: de l’inspiration, de la déglutition et de la position d’attente linguale c’est à dire lors de fonctions nécessitant un contact « langue- palais ». Ces trois chaînes permettent à l’individu l’équilibre antéro-postérieur.

Par sa relation intime avec l’os hyoïde, le larynx fait aussi partie des deux chaînes restantes, les chaînes latéro-masticatrices antéro-latérales et postéro-latérales qui sont les chaînes dynamiques, relationnelles, tonico-phasiques. Le rôle de l’hyoïde est aussi de neutraliser l’action de chaînes dynamiques sur le larynx lorsque la participation de celui-ci est recrutée pour des fonctions précises comme la phonation et la déglutition. L’implication du larynx dans la fonction des chaînes musculaires doit être brève, de courte durée, toute participation chronique signe obligatoirement une compensation adaptative à un déséquilibre fonctionnel. Struyf et Denys ont bien étudié ces chaînes musculaires dans leur organisation globale et leur aspect morphopsychologique.

Quelques éléments d’anatomie décrits ci-dessous permettront une meilleure compréhension des interrelations entre le larynx et les autres structures anatomiques.

La position et la mobilité du larynx dépend :

 

  • de la position céphalique et mandibulaire

    -stylo-pharyngien

    -constricteur inférieur

    -via l’os hyoïde : -stylo-hyoïdien

    -digastrique antérieur et postérieur

    -génio-hyoïdien

    -constricteur moyen

  • de la position de la langue :

    -lingual supérieur et inférieur

    -via l’os hyoïde : -hyo-glosse

    -septum lingual

 

  • de la position de l’os hyoïde :

    -thyro-hyoïdien

    -membrane thyro-hyoïdienne

 

  • de la trachée et des viscères thoraciques:

    -crico-pharyngien

    -membrane crico-trachéale

    -muscles oesophagiens longitudinaux

 

  • du squelette thoracique et de la ceinture scapulaire :

    -omo-hyoïdien

    -sterno-thyroïdien

    -fascia pré-trachéal (cervical moyen et superficiel)

 

  • de la cinétique diaphragmatique

Il est aisé de comprendre en analysant ces données que le larynx ne peut être étudié à son seul niveau anatomique (articulation crico-thyroïdienne, muscles aryténoïdiens…) mais doit être intégré dans l’étude d’une chaîne fonctionnelle qui dépend de la posture (dans son sens dynamique), de la respiration, de la mastication, de la déglutition, de la phonation et de l’expression.

L’équilibre biomécanique de la fonction phonatoire est la résultante d’un équilibre général dans lequel elle assure à son tour une place prépondérante. La tension des structures assurant le niveau vertical du larynx est un élément important dans cet équilibre.

L’allongement de la face, la descente du massif lingual et du larynx sous l’influence de la traction exercée par les viscères cervico-thoraciques lors de l’homonisation du crâne dans la phylogenèse permettent de comprendre la nécessité d’un équilibre mutuel de toutes les structures anatomiques nécessaires à la posture humaine. L’ontogenèse reproduit la modification de la morphologie céphalique lorsque le sujet change de posture, elle est évolutive dès la naissance et tout au long de la croissance, surtout lors du passage de la position assise à la station érigée permanente.

Le but principal de toute thérapie manuelle est la normalisation des pertes de mobilité du larynx. Les techniques de normalisation basées sur la neurophysiologie sont de deux types: fonctionnelles et structurelles. Elles interviennent à deux niveaux : local et holistique selon le type de pathologie rencontrée (iatrogène, chronique, fonctionnelle, traumatique …). Outre la normalisation de la biomécanique ostéo-articulaire, la thérapie manuelle ostéopathique vise la levée des entraves mécaniques aux voies de communication liquidiennes et nerveuses (neuropathie d’emprisonnement) de l’organisme en rendant à la fonction humaine le plus grand crédit de compensation possible.

Mais, tout traitement du larynx quel qu’il soit doit intégrer celui-ci dans un système musculo-aponévrotique complexe qui assure les fonctions physiologiques vitales, à savoir : la déglutition, la respiration, la mastication, la phonation et l’expression.

Dans les années 60, le Docteur A. de Sambucy dans son ouvrage sur « les nouvelles médecines naturelles » préconisait déjà dans le chapitre « souffle coupé, voix et colonne » une thérapie holistique.

« Il faut libérer la base du crâne.

Il faut libérer le cou vertébral

Il faut allonger le cou musculaire

Il faut libérer le diaphragme

Il faut libérer la charnière de TISSIE

(=alignement des côtes avec la colonne) »

Nous n’avons rien inventé !

C’est à nous, thérapeutes de la voix, de prendre en compte tous ces éléments interactifs pour aider nos patients. Dans ce contexte, la qualité de la voix doit être considérée comme une finalité, comme le témoin du fonctionnement optimal d’un système biomécanique complexe ou le thérapeute contribue modestement à l’établissement d’un crédit de compensation qui permet au corps de s’autogérer. Bien souvent, l’émission sonore comme moyen d’action thérapeutique est employée trop tôt, il ne faut pas « mettre la charrue avant les bœufs », les cordes vocales et les cavités de résonances ne jouent leurs rôles correctement que si on leur en donne les moyens.

 

Références :

de Sambucy, A. (1960). Nouvelle médecine vertébrale de toutes les maladies chroniques. Ed. Dangles.

Struft-Denis, G. (1978). Les chaînes musculaires et articulatoires. Bruxelles : SBO-RTM