Illustration
du concept de ligne de base dans le cadre de la
rééducation de deux adolescents dysorthographiques
de surface
Martine
Van Rompaey
Article paru
dans les Cahiers de la SBLU (2000), n°4,
10-11.
Indépendamment
d'une bonne maîtrise des correspondances
phono-graphémiques élémentaires, les
adolescents dysorthographiques montrent souvent une
insensibilité à certaines redondances
orthographiques plus ou moins implicites. A titre d'exemple, la
règle selon laquelle la plupart des noms féminins en
[-te] s'écrit " -té " n'est pas
maîtrisée, même pour des mots relativement
fréquents. Afin de mettre en place une
rééducation visant à l'automatisation de ce
type de règles et d'en vérifier l'efficacité,
la construction d'une ligne de base s'impose. Celle-ci permet
d'une part de préciser l'état des connaissances
orthographiques du patient et par là même les
objectifs de rééducation à atteindre et donc
les règles devant faire l'objet d'un entraînement
spécifique.
Notre ligne de
base évalue la maîtrise de 15 règles
d'orthographe lexicale plus ou moins implicites. Pour une
règle donnée, huit mots par condition ont
été sélectionnés : quatre mots peu
fréquents1 et quatre mots fréquents. A titre
d'exemple, la règle des substantifs en [-e]
comprend 32 mots répartis selon quatre conditions : les
noms masculins en " -é ", les noms féminins en "
-ée ", les noms masculins en " -ier " et les noms
féminins en " -té ". La ligne de base compte au
total 130 mots.
Afin de
neutraliser le biais lié à l'instabilité des
erreurs, les 130 mots sont dictés à deux reprises
avec une semaine d'intervalle entre les deux passations. Pour
qu'une règle soit considérée comme
étant parfaitement maîtrisée, tous les mots de
la règle doivent être corrects pour la
séquence régulière testée, qu'ils
soient fréquents ou peu fréquents. A titre
d'exemple, " pappier " est considéré comme
étant correct tandis que " liberter " ne l'est pas. Les
règles non maîtrisées doivent alors faire
l'objet d'un entraînement spécifique.
Dans le cadre
de notre rééducation, les deux modes de ligne de
base décrits dans l'article précédent ont
été appliqués. D'une part, les
différentes règles non maîtrisées ont
été travaillées de manière successive.
Dans ce cas, l'apprentissage d'une nouvelle règle suppose
que la règle précédente soit suffisamment
maîtrisée. D'autre part, il est important
d'évaluer l'efficacité de la
rééducation à plus long terme. Nous avons
donc réévalué les sujets trois mois plus tard
en interrompant au cours de ces trois mois la
rééducation portant sur les règles
d'orthographe implicites.
Cette
rééducation de type " procédures " porte sur
l'apprentissage de règles. Au terme de la
rééducation, nous devons donc nous attendre à
un effet de généralisation sur des mots non
travaillés durant la prise en charge. Pour s'assurer de
l'efficacité de la rééducation, il est donc
indispensable de travailler des mots différents de la ligne
de base. Dans le cadre d'une rééducation de type "
items spécifiques ", les mots sont entraînés
de manière isolée. Les mots irréguliers par
exemple doivent faire l'objet d'un apprentissage type " items
spécifiques " étant donné que l'orthographe
de ceux-ci n'obéit pas à l'application d'une
règle. L'amélioration attendue au terme de la
rééducation se limite cette fois aux mots
travaillés. La sélection du matériel de la
ligne de base et de la rééducation dépend
donc du type d'apprentissage.