¨ Le
concept de ligne de base
L'idée
d'une ligne de base est très simple : il s'agit de mesurer
de manière répétée les performances du
patient avant (niveau préthérapeutique), en cours et
après la thérapie. En thérapie
comportementale, il s'agira souvent de la fréquence du
comportement que l'on veut voir s'instaurer (ou disparaître)
mais il peut s'agir aussi de choses plus fines (ex. La latence ou
l'intensité du comportement). Dans la pratique
logopédique, il pourrait s'agir par exemple de performances
à une épreuve qui soit serait
répétable, soit comporterait un nombre suffisant de
formes parallèles. Les observations effectuées
à intervalles réguliers sont reportées sur un
graphe en fonction du moment de l'observation, de manière
à pouvoir repérer une modification des performances
au fil des séances. Cependant - et c'est là un point
capital -, il ne s'agit pas simplement de se placer dans un mode
de fonctionnement " test-retest " : il faut également
s'assurer que l'amélioration observée est
effectivement due à l'intervention. Il se pourrait en effet
que la performance s'améliore spontanément (dans une
situation de récupération ou de maturation) ou soit
due à des facteurs non contrôlés (motivation
par ex.). Il convient d'éviter d'attribuer au traitement
une telle évolution naturelle ou non
contrôlée. Pour cela, il est nécessaire de
s'assurer d'abord que l'état du patient est stable
(contrôle des effets de variation dus à des facteurs
contextuels, de la fatigue, du stress) et qu'il réagit de
manière stable aux épreuves proposées
(contrôle des effets de nouveauté de la tâche).
Il est donc nécessaire de faire passer la ligne de base
à plusieurs reprises avant d'entamer le traitement.
¨ Le
plan ABAB
Une fois une
ligne de base stable établie, le traitement commence et on
peut s'attendre à voir ses effets se marquer dans les
observations. Si l'on veut être certain que le traitement
est bien à l'origine de l'amélioration, on a alors
la possibilité de l'interrompre, pour voir si la
performance va stagner, voire régresser. Si c'est le cas,
on peut alors reprendre le traitement pour enregistrer de nouveaux
progrès en étant raisonnablement certain qu'ils sont
dus à l'effet du traitement. On appelle habituellement
'phase A' les phases d'observations simples durant lesquelles on
établit la ligne de base et 'phase B' les phases de
traitement, d'où l'appellation de 'plan ABAB'.
¨ Les
lignes de base multiples
L'interruption
du traitement peut induire des régressions ou allonger de
manière inacceptable l'intervention clinique ; c'est la
raison pour laquelle on a imaginé des procédures
différentes qui sont applicables pour autant que le
traitement comporte plusieurs composants indépendants.
Cette solution, dite des " lignes de base multiples ", consiste
à commencer par une phase d'observation, comme dans le plan
ABAB. Cependant, après cette phase d'observation, lorsque
la ligne de base est stabilisée, les différents
composants du traitement seront mis en oeuvre un à un,
à intervalles réguliers. Après chaque ajout,
on observera les progrès réalisés avec le
nouveau composant avant d'ajouter le suivant (ex. La
présentation de la technique Metaphon dans ce même
numéro : en rééducation de la phonologie,
travail d'un premier groupe de processus phonologiques
simplificateurs, puis d'un deuxième, et enfin d'un
troisième). Idéalement, on n'ajoute de composant
supplémentaire qu'après stabilisation de la
performance. Les paliers successifs atteints indiquent alors
clairement l'effet obtenu pour les différents composants du
traitement.
Ces deux
propositions ne couvrent qu'une partie des possibilités et
ne vont pas sans poser problèmes. Elles exigent en effet
d'avoir une idée assez précise de ce qui se
passerait hors traitement, de ce qui peut être obtenu et en
combien de temps. Des considérations de
personnalité, d'intensité des troubles ou
d'intensité de l'intervention (en nombre de séances
par semaine) vont modifier le pronostic concernant tant le patient
que le traitement.
On notera tout
particulièrement que la constitution de lignes de base
multiples nécessite d'être capable (1) de
modéliser les mécanismes sur lesquels on veut agir
en distinguant des sous-composants, (2) d'identifier les
sous-composants sur lesquels le traitement est supposé
agir, (3) de prévoir des éventuels effets de
généralisation du traitement d'un sous-composant sur
le fonctionnement des autres sous-composants. Tout ceci implique
donc des connaissances théoriques sérieuses des
mécanismes sur lesquels le traitement est supposé
avoir un effet, de leur développement normal et
pathologique, et un travail de réflexion en profondeur sur
les épreuves cliniques utilisées en diagnostic comme
en rééducation (analyse des tâches
utilisées en sous-composantes).
Guy
Lories & Marie-Anne Schelstraete
Pour en
savoir plus :
- Seron, X.
& de Partz, M.P. (1997). L'efficacité des traitements
neuropsychologiques : remarques et méthodes. In F.
Eustache, J. Lambert & F. Viader (Eds).
Rééducations Neuropsychologiques : historique,
développements actuels et évaluation.
Louvain-la-Neuve : De Boeck Université.
- Seron, X.
(2000). L'évaluation de l'efficacité des
traitements. In Seron, X. & Van der Linden, M. (Eds).
Traité de neuropsychologie clinique. Tome 2. Marseille :
SOLAL.
- Ingham, J.C.
& Riley, G. (1998). Guidelines for documentation of treatment
efficacy for young children who stutter. Journal of Speech,
Language and Hearing Research, 41, 753-770.