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Dernière mise à jour:

7 septembre 2010

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

L'évaluation de l'efficacité et de la spécificité d'une intervention clinique : le plan ABAB et les lignes de base multiples

 Guy Lories & Marie-Anne Schelstraete

Article paru dans les Cahiers de la SBLU (2000), n°4, 7-10.

 

Interrompre en temps utile un traitement inefficace et être capable de documenter les progrès réalisés sont des nécessités de l'intervention clinique. Il est impératif de pouvoir s'assurer, et éventuellement démontrer, qu'un traitement a les effets attendus.

 

La question de la mesure de l'efficacité et de la spécificité des techniques de rééducation devrait être simple en principe. La pratique logopédique se fonde sur des théories et modèles éprouvés d'une part en laboratoire, d'autre part dans des recherches à plus ou moins grande échelle. Dans ces recherches, la comparaison d'un groupe de patients qui a reçu le traitement auquel on s'intéresse à celle d'un groupe qui a reçu un " placebo " permet ainsi de conclure ou non à l'efficacité du traitement (ex. Effets d'un entraînement massif de la reconnaissance des mots sur la vitesse et la compréhension en lecture).

 

Toutefois, l'application d'une technique de remédiation à un patient est une affaire plus complexe que ne le suggère cette présentation des choses. Tout d'abord, on notera l'absence de recherches systématiques pour valider bon nombre de techniques d'intervention ou l'existence de techniques non fondées théoriquement, voire même de conceptions farfelues de certaines pathologies. Ensuite, de nombreux éléments de la situation clinique vont rendre délicate l'application des conclusions des recherches. La langue de travail, par exemple, peut être différente de celle utilisée dans la recherche. De même l'âge du sujet, la gravité des troubles , les moyens - ou simplement le temps - disponibles peuvent rendre la situation différente de celle qui a été étudiée, en obligeant à adapter l'intervention aux spécificités du cas particulier. De plus, parfois, une nouvelle technique doit être imaginée pour la circonstance sur base de pratiques connues mais dont la généralisation reste délicate (ex. Utilisation des techniques d'imagerie mentale dans un domaine où la technique n'a pas encore fait ses preuves).

 

En conclusion, la pratique clinique crée des situations où les comparaisons entre un groupe expérimental et un groupe contrôle ne s'applique pas et il faut donc être en mesure de travailler non plus sur base de données récoltées sur des groupes mais à partir de données cliniques récoltées chez le patient. Ce problème n'est pas spécifique à la logopédie puisqu'il se pose dans pratiquement toutes les situations d'intervention clinique. Dans le domaine des thérapies comportementales, diverses solutions ont été proposées, mises à l'épreuve et ont donné lieu à des résultats convaincants. Nous voudrions en décrire ici deux, d'une part parce qu'elles paraissent largement adaptables (on trouvera en fin de texte des références pour la logopédie) et d'autre part, parce que les discuter permet de voir à quoi on s'engage en tentant de valider une démarche clinique individuelle. L'une de ces procédures est la comparaison des résultats à une ligne de base selon un plan appelé ABAB, l'autre est la stratégie des lignes de base multiples.

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    ¨ Le concept de ligne de base

    L'idée d'une ligne de base est très simple : il s'agit de mesurer de manière répétée les performances du patient avant (niveau préthérapeutique), en cours et après la thérapie. En thérapie comportementale, il s'agira souvent de la fréquence du comportement que l'on veut voir s'instaurer (ou disparaître) mais il peut s'agir aussi de choses plus fines (ex. La latence ou l'intensité du comportement). Dans la pratique logopédique, il pourrait s'agir par exemple de performances à une épreuve qui soit serait répétable, soit comporterait un nombre suffisant de formes parallèles. Les observations effectuées à intervalles réguliers sont reportées sur un graphe en fonction du moment de l'observation, de manière à pouvoir repérer une modification des performances au fil des séances. Cependant - et c'est là un point capital -, il ne s'agit pas simplement de se placer dans un mode de fonctionnement " test-retest " : il faut également s'assurer que l'amélioration observée est effectivement due à l'intervention. Il se pourrait en effet que la performance s'améliore spontanément (dans une situation de récupération ou de maturation) ou soit due à des facteurs non contrôlés (motivation par ex.). Il convient d'éviter d'attribuer au traitement une telle évolution naturelle ou non contrôlée. Pour cela, il est nécessaire de s'assurer d'abord que l'état du patient est stable (contrôle des effets de variation dus à des facteurs contextuels, de la fatigue, du stress) et qu'il réagit de manière stable aux épreuves proposées (contrôle des effets de nouveauté de la tâche). Il est donc nécessaire de faire passer la ligne de base à plusieurs reprises avant d'entamer le traitement.

     

    ¨ Le plan ABAB

     

    Une fois une ligne de base stable établie, le traitement commence et on peut s'attendre à voir ses effets se marquer dans les observations. Si l'on veut être certain que le traitement est bien à l'origine de l'amélioration, on a alors la possibilité de l'interrompre, pour voir si la performance va stagner, voire régresser. Si c'est le cas, on peut alors reprendre le traitement pour enregistrer de nouveaux progrès en étant raisonnablement certain qu'ils sont dus à l'effet du traitement. On appelle habituellement 'phase A' les phases d'observations simples durant lesquelles on établit la ligne de base et 'phase B' les phases de traitement, d'où l'appellation de 'plan ABAB'.

     

    ¨ Les lignes de base multiples

     

    L'interruption du traitement peut induire des régressions ou allonger de manière inacceptable l'intervention clinique ; c'est la raison pour laquelle on a imaginé des procédures différentes qui sont applicables pour autant que le traitement comporte plusieurs composants indépendants. Cette solution, dite des " lignes de base multiples ", consiste à commencer par une phase d'observation, comme dans le plan ABAB. Cependant, après cette phase d'observation, lorsque la ligne de base est stabilisée, les différents composants du traitement seront mis en oeuvre un à un, à intervalles réguliers. Après chaque ajout, on observera les progrès réalisés avec le nouveau composant avant d'ajouter le suivant (ex. La présentation de la technique Metaphon dans ce même numéro : en rééducation de la phonologie, travail d'un premier groupe de processus phonologiques simplificateurs, puis d'un deuxième, et enfin d'un troisième). Idéalement, on n'ajoute de composant supplémentaire qu'après stabilisation de la performance. Les paliers successifs atteints indiquent alors clairement l'effet obtenu pour les différents composants du traitement.

     

    Ces deux propositions ne couvrent qu'une partie des possibilités et ne vont pas sans poser problèmes. Elles exigent en effet d'avoir une idée assez précise de ce qui se passerait hors traitement, de ce qui peut être obtenu et en combien de temps. Des considérations de personnalité, d'intensité des troubles ou d'intensité de l'intervention (en nombre de séances par semaine) vont modifier le pronostic concernant tant le patient que le traitement.

     

    On notera tout particulièrement que la constitution de lignes de base multiples nécessite d'être capable (1) de modéliser les mécanismes sur lesquels on veut agir en distinguant des sous-composants, (2) d'identifier les sous-composants sur lesquels le traitement est supposé agir, (3) de prévoir des éventuels effets de généralisation du traitement d'un sous-composant sur le fonctionnement des autres sous-composants. Tout ceci implique donc des connaissances théoriques sérieuses des mécanismes sur lesquels le traitement est supposé avoir un effet, de leur développement normal et pathologique, et un travail de réflexion en profondeur sur les épreuves cliniques utilisées en diagnostic comme en rééducation (analyse des tâches utilisées en sous-composantes).

     

    Guy Lories & Marie-Anne Schelstraete

     

    Pour en savoir plus :

     

    - Seron, X. & de Partz, M.P. (1997). L'efficacité des traitements neuropsychologiques : remarques et méthodes. In F. Eustache, J. Lambert & F. Viader (Eds). Rééducations Neuropsychologiques : historique, développements actuels et évaluation. Louvain-la-Neuve : De Boeck Université.

     

    - Seron, X. (2000). L'évaluation de l'efficacité des traitements. In Seron, X. & Van der Linden, M. (Eds). Traité de neuropsychologie clinique. Tome 2. Marseille : SOLAL.

     

    - Ingham, J.C. & Riley, G. (1998). Guidelines for documentation of treatment efficacy for young children who stutter. Journal of Speech, Language and Hearing Research, 41, 753-770.