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Dernière mise à jour:

7 septembre 2010

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Le counselling parental, une expérience québécoise

Nathalie THOMAS

Licenciée en Logopédie.

Article paru dans les Cahiers de la SBLU (2003), n°15, 46-49.

 

  • Très répandu aux Etats-Unis et au Canada, le counselling parental ou conseils aux parents existe depuis une quinzaine d’années. Il se pratique dans les institutions spécialisées sous la forme des programmes Hanen, mais aussi sous des formes similaires dans la plupart des centres d’aide à la petite enfance.

    Ces programmes permettent de fournir des conseils aux parents de façon ponctuelle lors d’une évaluation mais également au cours de « formations ». Elles s’appuient sur l’idée que le parent est une personne significative pour l’enfant ; c’est lui qui le connaît le mieux, qui passe le plus de temps avec lui; c’est encore lui qui lui fournit, sans en être conscient, l’appui nécessaire à l’apprentissage de la communication. Ces programmes visent d’une part à outiller les parents par rapport au problème de langage de leur enfant et d’autre part à augmenter l’efficacité de l’intervention logopédique individuelle (en Amérique du Nord, les thérapies se font la plupart du temps avec les parents).

    Certains programmes se sont spécialisés dans les interactions parent-enfant autiste. La tendance actuelle est en effet au développement de la spécificité de ses formations (IMC, prématurés, traumas, surdité, …), et ceci dès le plus jeune âge (18-24 mois).

    Ayant travaillé à l’Hôpital Sainte-Justine de Montréal, j’ai pu pratiquer ce counselling parental au quotidien lors des évaluations et des thérapies ainsi que par l’animation d’un groupe de parents ; je me propose de vous faire part de cette expérience…

    Avant de passer au vif du sujet, une mise en contexte de mon expérience me semble nécessaire : les orthophonistes manquent de façon cruciale au Québec (d’où les programmes de recrutement…). Les listes d’attentes pour les évaluations et les prises en charge sont dès lors fort importantes (jusqu’à un an et demi d’attente). Les formations sont alors proposées aux parents après la première évaluation et avant une prise en charge individuelle, afin de ne pas les laisser démunis devant les difficultés de l’enfant et de ne pas laisser la situation s’aggraver. La participation aux formations s’établit toujours sur une base volontaire.

    Les groupes que j’ai pu animer étaient composés de 10 à 15 parents (de préférence des couples père-mère) ; leurs enfants souffraient de difficultés phonologiques et/ou morphosyntaxiques et avaient généralement entre 3 et 7 ans. Ces enfants présentaient un retard de langage plus ou moins sévère (associé ou non au retard mental, à la prématurité, à des malformations d’origine syndromique,…).

    Les buts de la formation étaient :

    • rendre le parent plus sensible au langage et à ses caractéristiques en général et au langage ou aux moyens de communication utilisés par son enfant en particulier (en l’observant, en l’écoutant, …).
    • créer plus d’opportunités d’échanges et de communication.
    • mieux suivre l’enfant dans ses questions et ses réponses.
    • augmenter la capacité de l’enfant à se faire comprendre et à s’exprimer.
    • utiliser le jeu avec l’enfant (jouets, livres, musique, activités créatives) pour améliorer ses moyens de communication.

     

    Ceci en raffinant les habitudes de communication du parent, en mettant l’accent sur des habitudes naturelles à adopter. En d’autres mots, en adaptant sa façon de communiquer avec son enfant au cours de conversations spontanées, tout en tenant compte des aptitudes de celui-ci.

    Le counselling était organisé autour de deux axes :

    • les séances d’évaluation (au nombre de trois). Après la première séance, une grille d’évaluation des attitudes communicatives du parent était dressée, laquelle était complétée au cours des séances suivantes (stratégies pour comprendre l’enfant et le faire parler, but de l’utilisation du langage, comportement général, etc.). La première et la dernière séance étaient filmées. Ces enregistrements permettaient d’observer les attitudes communicatives et les modifications de ces attitudes.
    • La formation (6 cours en groupe). Ces 6 séances permettaient d’aborder les différents aspects du langage et attitudes communicatives, à savoir :

    au niveau pratique :

    • le portrait du langage de l’enfant en listant une quinzaine d’énoncés de l’enfant et pouvoir faire la différence entre ce qui est dit par l’enfant et ce qu’il a voulu dire.
    • les attitudes à adopter pour favoriser une meilleure communication (se mettre à la hauteur de l’enfant, attirer son attention, suivre ses intérêts, parler lentement, utiliser des phrases et un vocabulaire à son niveau)
    • la pratique des techniques d’auto-verbalisation (le « je », parler de ce que l’on fait, voit, entend, etc.) et de verbalisation parallèle (le « tu », parler de ce que voit l’enfant, de ce qu’il entend, de ce qu’il fait, etc.)
    • la pratique des techniques de reformulation (attirer l’attention de l’enfant, redire l’énoncé de l’enfant en corrigeant toutes ses erreurs et en mettant l’accent sur une seule erreur) et d’allongement (redire l’énoncé de l’enfant en corrigeant toutes ses erreurs sans mettre l’accent sur l’une d’elle mais ajouter une idée nouvelle, mettre l’accent sur ce mot ou groupe de mots qui constitue l’idée nouvelle)
    • la pratique des techniques d’incitation (choix, phrase en suspend, absurde, ébauche orale, question)
    • les livres et les jeux : comment les choisir ? comment les utiliser pour stimuler le langage ?

    à un niveau plus « théorique » :

    • les aspects du langage (forme, utilisation, contenu) et l’analyse d’erreurs en fonction de ces aspects (par exemple, pouvoir faire la différence entre une erreur phonologique et une erreur morphosyntaxique).
    • les sons du langage (articulation) et l’explication des processus phonologiques simplificateurs.

     

    Chaque séance comprenait des temps de questions et de nombreuses mises en pratiques à partir des énoncés des enfants (liste faite par les parents) au cours desquelles les parents s’exerçaient de façon ludique avec d’autres parents, chacun expérimentant tour à tour les rôles de parent et d’enfant. La cohésion du groupe en était fortement renforcée. Les cours étaient accompagnés de « devoirs » à réaliser à domicile (mise en pratique de la technique exposée en cours), l’investissement à la maison est indispensable… A chacun de trouver la technique qui convient le mieux à son couple parent-enfant. Bien entendu, il n’y a pas de remède miracle ! Chaque cas est particulier.

     

    Suite aux cours, nous avons pu constater que :

    • les parents ont un meilleur suivi du développement du langage de leur enfant
    • les interactions sont plus nombreuses et plus riches
    • les enfants parlent plus
    • les parents continuent d’utiliser ces stratégies longtemps après la fin du programme
    • les prises en charge sont plus efficaces
    • parents et enfant ont (re)pris confiance en leurs compétences

    En espérant que ceci vous aura donné le goût de travailler encore plus conjointement avec les parents et de découvrir les richesses du counselling…

     

  • Ressources :

    « L’intervention précoce », Fréquences-revue de l’Ordre des Orthophonistes et Audiologistes du Québec, vol. 14, n°1, janvier 2002.

    « L’apprentissage des sons et des phrases : un trésor à découvrir », M. Beauchemin, S. Martin & S. Ménard, éd. de l’Hôpital Sainte-Justine-Montréal, 2000.

    www.hsj.qc.ca/editions

    « Et si on parlait ensemble… à partir des sons et des gestes de votre enfant », G. Guay & C. Toupin-Rochon, éd. de l’Hôpital Sainte-Justine-Montréal, 1993.

    « Parler : un jeu à deux, guide préparé à l’intention des parents participant au programme Hanen d’apprentissage du langage », A. Manolson. www.hanen.org