Accueil

Présentation

Inami

Cahiers

Conférences

Annuaire

PRESSE

Divers

Liens

Contacts

 

Dernière mise à jour:

7 septembre 2010

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Utilisation de Childes dans la pratique logopédique.

 

Marie-Anne Schelstraete & Christelle Maillart

UCL, Unité Cognition & Développement

Université catholique de Louvain

Article paru dans les Cahiers de la SBLU (2004), n°16, 45-49
 

L’analyse du langage spontané est une source d’information précieuse pour le bilan logopédique. Malheureusement, cette analyse s’avère souvent longue et complexe. Dans cet article, nous présenterons les applications en logopédie d’un précieux outil de transcription et d’analyse du langage oral Childes (Child Language Data Exchange System, cf. Mac Whinney, 1995, Sokolov & Snow, 1994) qui est disponible gratuitement sur internet (cf. pour une présentation du projet Childes les articles précédemment parus dans les Cahiers de la SBLU qui sont actuellement sur le site de la SBLU).

Childes (Child Language Data Exchange System, cf. Mac Whinney, 1995, Sokolov & Snow, 1994) permet d’analyser des productions linguistiques sur ordinateur (Logiciel Clan) après les avoir encodées sur ordinateur dans le format adéquat (cf. Tableau 1 pour un exemple) et d’obtenir notamment les informations détaillées ci-dessous.

 

1. Pour le niveau phonologique

Il est notamment possible

 

de vérifier que le répertoire phonologique est complet,

de mettre en évidence des effets de position (ex. certaines consonnes jamais produites en position finale)

de comparer les phonèmes produits par rapport à la cible (production « adulte »), pour autant que celle-ci ait été transcrite. Ce dernier type d’analyse permet d’estimer la stabilité des productions et d’identifier plus facilement la présence de processus phonologiques simplificateurs.

de repérer la présence d’homophones dans les productions de l’enfant (même production pour désigner différentes cibles)

 

Tableau 1 – Exemple de fichier de retranscription utilisable avec Childes

@Begin

@Participants: CHI Arthur Target_Child, INV Investigator

@Date: 9-NOV-2000

@Birth of CHI: 30-MAR-1995

@Age of CHI: 5;7.10

@Situation: langage spontané avec la logopède

*INV: qu' est ce qu' on va prendre comme jeu Arthur?

*CHI: la voiture.

%pho: la vwatyR.

%mod: la vwatyR.

*INV: la voiture?

%act: l'expérimentateur va chercher le jeu dans l'armoire et le pause

sur la table devant Alain.

*INV: qu' est ce qu' on va faire maintenant?

*CHI: on va prendre la voiture.

%pho: o~ va pRa~d la watyR.

%mod: o~ va pRa~dR la vwatyR.

@End

 

 

A l’aide de données existant pour le français, on peut alors regarder si les phonèmes produits par l’enfant a) correspondent à certaines classes (occlusives, nasales, etc.), b) sont ceux qui sont les plus fréquents dans la langue (cf. Statistiques de Lafont in Costermans, 1980), c) sont ceux qui sont normalement acquis par des enfants de même âge chronologique que l’enfant (cf. Rondal, 1998, Aicart de Falco & Vion, 1987) ou encore de calculer le pourcentage de consonnes correctement produites. Une analyse en termes de processus phonologiques simplificateurs permet également de voir si l’enfant en produit plus que les enfants de son âge ou si certains de ces processus sont atypiques, i. e. absents ou très rares chez l’enfant acquérant le langage normalement (cf. Maillart & Schelstraete, 2004 ; Schelstraete, Maillart & Jamart, 2004). Enfin, il est possible d’évaluer la stabilité (ou l’instabilité) des productions de l’enfant.

 

L’ensemble de ces analyses peut alors servir à définir des priorités pour la rééducation et de servir de point de comparaison pré-thérapeutique et post-thérapeutique si des productions sont récoltées après intervention.

 

2. Pour le niveau lexical

 

Plusieurs commandes sont disponibles ; elles permettent notamment de calculer l’indice de diversité lexicale (Nombre de mots différents / Nombre de mots produits) et de comparer ensuite aux normes disponibles en français (cf. Rondal, 1997). Il est également possible de comptabiliser les occurrences des mots utilisés –ou de certains d’entre eux- et ensuite de regrouper manuellement en fonction de certaines catégories (ex. champs sémantiques particuliers, verbes mentaux, noms abstraits, pronoms « je » et « tu », etc.). Enfin, l’analyse des pauses avant un mot donne des indications quant à d’éventuelles difficultés d’accès lexical en production spontanée, pour autant que les pauses aient été encodées lors de la transcription.

 

Cet ensemble d’analyse permet de compléter ce que l’on sait du niveau de vocabulaire expressif de l’enfant sur base des tests standardisés. Il permet aussi d’évaluer des facteurs liés à l’utilisation du lexique dans différentes situations, notamment des variables liées à l’accès au lexique et des stratégies de compensation (ex. vocabulaire très fréquent, passe-partout, circonlocution).

 

3. Pour le niveau morpho-syntaxique

 

La première commande disponible est le MLU (Mean Length of Utterance ou LMPV : « Longueur Moyenne des Productions Verbales ») : cet indicateur est particulièrement sensible dans les premières années de l’acquisition du langage où il donne une bonne idée du développement grammatical. Dans Childes, on peut prendre en considération soit le nombre de mots, soit le nombre de morphèmes (comme suggéré par Rondal, 1997). Toutefois, ces deux mesures étant hautement inter corrélées, il est plus simple de travailler en nombre de mots.

 

Ensuite, après avoir transformé, avec le programme MOR, les productions transcrites en un « input » adéquat pour l’analyse morpho-syntaxique et désambiguïsé celui-ci avec le programme POST, il est possible d’obtenir différents indicateurs de développement morpho-syntaxique :

 

Classes syntaxiques : la fréquence relative peut être calculée (ex. % de Verbes, Noms, Adjectifs, Adverbes, Déterminants) et comparée à celle observée chez des enfants de même âge et des adultes (Parisse et Le Normand, 2000).

 

Co-occurrences de formes, ex. co-occurrence de pronoms relatifs et de verbes auxiliaires, articles et nom, structures Nom-Verbe-Nom, etc.

 

Indice DSS (Developmental Sentence Score) : valable pour l’Anglais mais les grandes étapes sont similaires en Français.

 

Ruptures syntaxiques et auto-corrections : en les ayant codées au préalable, il est possible d’identifier les productions qui ont été interrompues et suivies ou non d’une reformulation.

 

4. Pour le niveau discursif et narratif

 

Sur base des productions transcrites, il est possible de repérer la présence et les occurrences de différents marqueurs discursifs (ex. anaphores, connecteurs). En codant les productions avec différents indicateurs, on peut également faire des analyses plus sophistiquées (ex. comptabiliser les inférences, les catégories du récit, les digressions, des marqueurs d’ancrage spatial et temporel, etc.).

 

5. Pour le niveau pragmatique

 

Il est possible notamment de comptabiliser les tours de parole et la longueur moyenne de ces différents tours, de relever les recouvrements de parole, les répétitions, imitations, corrections et expansions. Des analyses plus sophistiquées sont également possibles comme par exemple comptabiliser le nombre de questions suivies d’une réponse adéquate, le nombre de pauses suivies d’un changement de thème conversationnel, de relever la présence de différents actes de langage, des effets de topicalisation, etc. Pour une utilisation encore plus poussée, il est aussi possible de combiner les retranscriptions avec des enregistrements vidéos sur l’ordinateur.

 

En conclusion

 

Childes a initialement été conçu par des chercheurs s’intéressant à l’acquisition normale ou pathologique du langage chez l’enfant. Toutes les analyses permises par le logiciel n’ont donc pas nécessairement une utilité directe dans la pratique clinique ou ne sont tout simplement pas réalisables pour des raisons pratiques liées à la lourdeur de la transcription. Toutefois, sur base d’un corpus relativement limité (50 à 100 énoncés), il est possible de compléter les données fournies par le diagnostic effectué à l’aide des tests standardisés, notamment pour les niveaux qui font défaut (discours et pragmatique) et donne la possibilité de constituer une ligne de base dans différentes situations de productions spontanées ou semi-induites et où l’on prendra en compte de nombreux paramètres. Childes semble donc particulièrement intéressant pour les patients présentant un profil complexe, où le clinicien ne voit pas clair (ex. trouble massif de la phonologie, retard sévère de langage) et aussi lorsque l’on souhaite estimer plus précisément l’efficacité d’une prise en charge, par exemple, lors de la mise au point d’une nouvelle technique de rééducation.

 

Références

 

Aicart-de-Falco, S. & Vion, M. (1987). La mise en place du système phonologique du francais chez les enfants entre 3 et 6 ans: Une étude de la production. Cahiers-de-Psychologie-Cognitive/Current-Psychology-of-Cognition. 1987, 7, 247-266.

Costermans, J. (1980). Psychologie du Langage. Mardaga : Liège.

Mac Whinney, B. (1995). Computational Analysis of Interactions. In P. Fletcher & B. Mac Whinney (Eds.). Handbook of Child Language, Blackwell : Oxford, chap. 5, pp. 152-178.

Maillart, C. & Schelstraete, M-A. (2004). L’évaluation des troubles phonologiques : Illustration de la démarche diagnostique. In M.-A. Schelstraete & M.-P. Noel (Eds.), Les troubles du langage et du calcul chez l’enfant. Collection Proximités. Cortil-Wodon : E.M.E. & Intercommunications, pp. 113-147.

Parisse, C. & Le Normand, M.T. (2000). How children build their morpho-syntax. The case of French. Journal of Child Language, 27, 267-292.

Rondal, J.A. (1997). L’évaluation du langage. Mardaga : Liège.

Rondal, J.A. (1998). Votre enfant apprend à parler. Mardaga : Liège.

Schelstraete, M.-A., Maillart, C. & Jamart, A.-C. (2004). Les troubles phonologiques : cadre théorique, diagnostic et traitement. In M.-A. Schelstraete & M.-P. Noel (Eds.), Les troubles du langage et du calcul chez l’enfant. Collection Proximités. Cortil-Wodon : E.M.E. & Intercommunications, pp. 81-112.

Sokolov, J. & Snow, C. (1994). Handbook of research in language development using Childes. Hillsdale, NJ : Erlbaum.

 

Ressources sur internet

 

Site initial où l’on peut trouver toutes les informations concernant Childes, des corpus transcrits et télécharger le logiciel (http://www.childes.psy.cmu)

 

Site de Christophe Parisse : pour l’analyse morpho-syntaxique en français

www.parisse.freesurf.fr ; outils: http://www.parisse.freesurf.fr/outils.htm

 

 

 

 

 

 

 

.